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La poésie ? Le temps passe. On a les cheveux gris, du cholestérol, de la barbe et des lunettes. On se console en disant qu’elle, au moins, elle n’a pas changé. Qu’elle est toujours cet enfant impossible, qui a pourtant accepté de vieillir avec nous, pour n’être pas seuls, lui et moi.

Lui et moi, pour finir, nous nous entendons bien car nous avons fait l’un et l’autre le tour de nous – moi mon cercle, lui son cerceau : superposables – et ça roule. A deux temps. Là où je dis noir, il barbouille de bleu car il tient à ses privilèges.

J’ai un peu honte de vous le dire : si vous écartez ma barbe (mais vous n’oserez pas le faire), vous apercevrez ma barboteuse. Et elle est bleue.

***

Extrait du recueil Toujours et jamais, 1982, in Archiviste du vent, 2013, éditions Cherche Midi, ouvrage qui regroupe la majeure partie des poèmes de Paul Vincensini.

A lire, "Poèmes courts" de Christophe Bregaint : environ cent petites pièces inspirées des tankas japonais, mais dans une version post post-moderne et urbaine où le côté concret de la poésie japonaise devient "la gifle d’une réalité brute et saisissante". On peut le commander pour 13 euros aux éditions Sokrys. En voici deux extraits :

Cent millions nuage

Deux de mes textes sont dans la revue en ligne "Le Capital des mots". Eric DuboisUn grand merci à Eric Dubois, auteur contemporain très actif, notamment du récent Mais qui lira le dernier poème, et dont on peut suivre les "tribulations" ici.

Revue littéraire alternative en ligne téléchargeable gratuitement ; cliquez sur l’image pour lire directement ce dernier numéro (le fichier .pdf est un peu long à afficher) :

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ou bien ici pour aller sur le site !

Ce poème a été écrit par William Ernest Henley suite à l’amputation de son pied. Il fut l’une des sources d’inspiration de Nelson Mandela, enfermé pendant 27 ans à la prison de Robben Island (source).

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière.

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré.
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu de colère et de pleurs
Se profile l’ombre de la mort,
Je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin :
Je suis le capitaine de mon âme.

 

***

Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.

Revue littéraire en ligne : cliquez sur l’image pour télécharger le dernier numéro !

J’étais l’autre jour dans une maison où il y avait un cercle de gens de toute espèce : je trouvai la conversation occupée par deux vieilles femmes, qui avaient en vain travaillé tout le matin à se rajeunir. « Il faut avouer, disait une d’entre elles, que les hommes d’aujourd’hui sont bien différents de ceux que nous voyions dans notre jeunesse : ils étaient polis, gracieux, complaisants. Mais, à présent, je les trouve d’une brutalité insupportable. – Tout est changé, dit un homme qui paraissait accablé de goutte. Le temps n’est plus comme il y a quarante ans : tout le monde se portait bien ; on marchait ; on était gai ; on ne demandait qu’à rire et à danser. A présent, tout le monde est d’une tristesse insupportable. »

[...]

Il me semble, Usbek, que nous ne jugeons jamais des choses que par un retour secret que nous faisons sur nous-mêmes. Je ne suis pas surpris que les Nègres peignent le Diable d’une blancheur éblouissante et leurs Dieux noirs comme du charbon. Que la Vénus de certains peuples ait des mamelles qui lui pendent jusqu’aux cuisses ; et qu’enfin tous les idolâtres aient représenté leurs Dieux avec une figure humaine et leur aient fait part de toutes leurs inclinations. On a dit fort bien que, si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés.

Mon cher Usbek, quand je vois des hommes qui rampent sur un atome, c’est-à-dire la Terre, qui n’est qu’un point de l’Univers, se proposer directement pour modèles de la Providence, je ne sais comment accorder tant d’extravagance avec tant de petitesse.

Montesquieu – Lettres persanes, Lettre LIX – 1721

La vie de la première communauté chrétienne après la mort de Jésus, d’après les Actes des Apôtres (2, 44 à 2, 47 et 4, 32 à 5, 11) : ou comment les apôtres, au départ gentils hippies inoffensifs, sont devenus de véritables gourous communistes qui ne rigolaient pas avec ceux qui ne voulaient pas partager leurs biens.

2, 44 Or, tous ceux qui croyaient étaient dans un même lieu, et avaient toutes choses communes ;

45 Ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon le besoin que chacun en avait.

46 Et ils étaient tous les jours assidus au temple d’un commun accord ; et rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur ;

47 Louant Dieu, et étant agréables à tout le peuple ; et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’Église des gens qui étaient sauvés.

[...]

4, 32 Or, la multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme ; et personne ne disait que rien de ce qu’il possédait fût à lui ; mais toutes choses étaient communes entre eux.

33 Et les apôtres rendaient témoignage, avec beaucoup de force, de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous.

34 Car il n’y avait aucun indigent parmi eux ; parce que tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons, les vendaient, et apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu.

35 Ils le mettaient aux pieds des apôtres ; et on le distribuait à chacun selon qu’il en avait besoin.

36 Ainsi Joses, surnommé par les apôtres Barnabas, c’est-à-dire, fils de consolation, Lévite et originaire de Cypre,

37 Ayant un champ, le vendit, et en apporta le prix, et le mit aux pieds des apôtres.

 5, 1 Or, un homme, nommé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une possession ;

2 Et il retint une part du prix, de concert avec sa femme, et il en apporta le reste, et le mit aux pieds des apôtres.

3 Mais Pierre lui dit : Ananias, pourquoi Satan s’est-il emparé de ton coeur, que tu aies menti au Saint-Esprit, et détourné une part du prix de la terre ?

4 Si tu l’eusses gardée, ne te demeurait-elle pas ? et l’ayant vendue, son prix n’était-il pas en ton pouvoir ? Comment as-tu résolu cette action dans ton coeur ? Ce n’est pas aux hommes que tu as menti, mais à Dieu.

5 Ananias, à l’entendue de ces paroles, tomba, et rendit l’esprit ; ce qui causa une grande crainte à tous ceux qui en entendirent parler.

6 Et les jeunes gens s’étant levés, le prirent, l’emportèrent, et l’ensevelirent.

7 Environ trois heures après, sa femme, ne sachant rien de ce qui était arrivé, entra.

8 Et Pierre prenant la parole, lui dit : Dis-moi, avez-vous vendu tant le fonds de terre ? Et elle dit : Oui, autant.

9 Alors Pierre lui dit : Pourquoi vous êtes-vous accordés pour tenter l’Esprit du Seigneur ? Voilà ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront.

10 Au même instant elle tomba à ses pieds, et expira. Et les jeunes gens, étant entrés, la trouvèrent morte, et l’ayant emportée, ils l’ensevelirent auprès de son mari.

11 Cela donna une grande crainte à toute l’Église, et à tous ceux qui en entendirent parler.

Une petite fable sur les boucs émissaires, qui reste toujours d’actualité et qu’on peut, du moins à ce qu’il me semble, dédier à Jérôme Kerviel…

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie ;
Nul mets n’excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n’épiaient
La douce et l’innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d’amour, partant plus de joie.
Le Lion tint conseil, et dit : "Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J’ai dévoré force moutons.
Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d’honneur.
Et quant au Berger l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire."
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L’Ane vint à son tour et dit : "J’ai souvenance
Qu’en un pré de Moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net."
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

***

Illustration d’AurélIO

Reblogué depuis BEAUTY WILL SAVE THE WORLD:

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Rien ne reste de rien. Et nous ne sommes rien.
Au soleil et au vent quelque peu nous nous arriérons
De l'irrespirable ténèbre qui nous grèvera
De l'humide terre imposée,
Cadavres ajournés qui procréent.

Lois promulguées, statues contemplées, odes achevées -
Tout connaît son tombeau. Si nous, amas de chairs
Qu'un intime soleil nourrit de sang, avons
Notre couchant, pourquoi pas elles ?

Lire la suite… 162 mots de plus

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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