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Après douze années d’exil, le sage Almustafa s’apprête à quitter la cité d’Orphalese pour regagner son île natale. Avant son départ, les habitants de la cité l’interrogent tour à tour sur divers sujets : l’amour, la mort, la religion, etc.

Un homme dit, parle-nous de la Connaissance de soi.

Khalil Gibran, ébauche de Jesus the Son of Man

Il répondit :
Vos coeurs connaissent en silence les secrets des jours et des nuits.
Mais vos oreilles se languissent d’entendre la voix de la connaissance en vos coeurs.
Vous voudriez savoir avec des mots ce que vous avez toujours su en pensée.
Vous voudriez toucher du doigt le corps nu de vos rêves.
Et il est bon qu’il en soit ainsi.
La source secrète de votre âme doit jaillir et couler en chuchotant vers la mer,
Et le trésor de vos abysses infinis se révéler à vos yeux.
Mais qu’il n’y ait point de balance pour peser votre trésor inconnu,
Et ne sondez pas les profondeurs de votre connaissance avec tige ou jauge,
Car le soi est une mer sans limites ni mesures.
Ne dites pas : « J’ai trouvé la vérité », mais plutôt : « J’ai trouvé une vérité ».
Ne dites pas : « J’ai trouvé le chemin de l’âme ». Dites plutôt : « J’ai rencontré l’âme marchant sur mon chemin ».
Car l’âme marche sur tous les chemins.
L’âme ne marche pas sur une ligne de crête, pas plus qu’elle ne croît tel un roseau.
L’âme se déploie, comme un lotus aux pétales innombrables.
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Puis un maître dit, parle-nous de l’Enseignement.
Il répondit :
Personne ne peut vous apprendre quoi que ce soit qui ne repose déjà au fond d’un demi-sommeil dans l’aube de votre connaissance.
Le maître qui marche parmi les disciples, à l’ombre du temple, ne donne pas de sa sagesse, mais plutôt de sa foi et de sa capacité d’amour.
S’il est vraiment sage, il ne vous invite pas à entrer dans la demeure de sa sagesse. Il vous conduit jusqu’au seuil de votre esprit.
L’astronome peut vous parler de son entendement de l’espace. Il ne peut vous donner de son entendement.
Le musicien peut vous interpréter le rythme qui régit tout espace. Il ne peut vous donner l’ouïe qui capte le rythme, ni la voix qui lui fait écho.
Celui qui est versé dans la science des nombres peut décrire les régions du poids et de la mesure. Il ne peut vous y emmener.
Car la vision d’un être ne prête pas ses ailes à d’autres,
De même que chacun de vous se tient seul dans la connaissance de Dieu, chacun de vous doit demeurer seul dans sa connaissance de Dieu et dans son entendement de la terre.
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Khalil Gibran, Le Prophète, 1923


Puis un maître dit, Parle-nous de l’Enseignement.Il répondit :

Personne ne peut vous apprendre quoi que ce soit qui ne repose déjà au fond d’un demi-sommeil dans l’aube de votre connaissance.

Le maître qui marche parmi les disciples, à l’ombre du temple, ne donne pas de sa sagesse, mais plutôt de sa foi et de sa capacité d’amour.

S’il est vraiment sage, il ne vous invite pas à entrer dans la demeure de sa sagesse. Il vous conduit jusqu’au seuil de votre esprit.

L’astronome peut vous parler de son entendement de l’espace. Il ne peut vous donner son entendement.

Le musicien peut vous interpréter le rythme qui régit tout espace. Il ne peut vous donner l’ouïe qui capte le rythme, ni la voix qui lui fait écho.

Celui qui est versé dans la science des nombres peut décrire les régions du poids et de la mesure. Il ne peut vous y emmener.

Car la vision d’un être ne prête pas ses ailes à d’autres,

De même que chacun de vous se tient seul dans la connaissance de Dieu, chacun de vous doit demeurer seul dans sa connaissance de Dieu et dans son entendement de la terre.

En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte. Il était sur le dos, un dos aussi dur qu’une carapace, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé, brun, cloisonné par des arceaux plus rigides, son abdomen sur le haut duquel la couverture, prête à glisser tout à fait, ne tenait plus qu’à peine. Ses nombreuses pattes, lamentablement grêles par comparaison avec la corpulence qu’il avait par ailleurs, grouillaient désespérément sous ses yeux.

« Qu’est-ce qui m’est arrivé ? » pensa-t-il. Ce n’était pas un rêve. Sa chambre, une vraie chambre humaine, juste un peu trop petite, était là tranquille entre les quatre murs qu’il connaissait bien. Au-dessus de la table où était déballée une collection d’échantillons de tissus – Samsa était représentant de commerce – on voyait accrochée l’image qu’il avait récemment découpée dans un magazine et mise dans un joli cadre doré. Elle représentait une dame munie d’une toque et d’un boa tous les deux en fourrure et qui, assise bien droite, tendait vers le spectateur un lourd manchon de fourrure où tout son avant-bras avait disparu.

Le regard de Gregor se tourna ensuite vers la fenêtre, et le temps maussade – on entendait les gouttes de pluie frapper le rebord en zinc – le rendit tout mélancolique. « Et si je me rendormais un peu et oubliais toutes ces sottises ? » se dit-il ; mais c’était absolument irréalisable, car il avait l’habitude de dormir sur le côté droit et, dans l’état où il était à présent, il était incapable de se mettre dans cette position.

Quelque énergie qu’il mît à se jeter sur le côté droit, il tanguait et retombait à chaque fois sur le dos. Il dut bien essayer cent fois, fermant les yeux pour ne pas s’imposer le spectacle de ses pattes en train de gigoter, et il ne renonça que lorsqu’il commença à sentir sur le flanc une petite douleur sourde qu’il n’avait jamais éprouvée.

Après avoir célébré le retour du printemps, n’oublions pas de dire au revoir à l’hiver:

Ancien français :

Yver, vous n’estes qu’un villain !
Esté est plaisant et gentil,
En tesmoing de May et d’Avril
Qui l’acompaignent soir et main.

Esté revest champs, bois et fleurs,
De sa livree de verdure
Et de maintes autres couleurs,
Par l’ordonnance de Nature.

Mais vous, Yver, trop estes plain
De nege, vent, pluye et grezil ;
On vous deust banir en essil.
Sans point flater, je parle plain,
Yver, vous n’estes qu’un villain !

Français moderne :

Hiver vous n’êtes qu’un vilain !
Eté est plaisant et gentil,
En témoignent Mai et Avril
Qui l’accompagnent soir et matin.

Eté revêt champs, bois et fleurs
De sa livrée de verdure
Et de maintes autres couleurs
Par l’ordonnance de Nature.

Mais vous, Hiver, trop êtes plein
De neige, vent, pluie et grésil;
On vous doit bannir en exil.
Sans point flatter, je parle plain,
Hiver vous n’êtes qu’un vilain !

Charles d'Orléans (en bleu, à gauche) lors de son 2e mariage en 1410

Pour varier un peu les époques et célébrer le retour du printemps, un petit poème de Charles d’Orléans, en version moderne et en version ancienne.

Français moderne :

Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie
Et s’est vêtu de broderie,
De soleil luisant, clair et beau.

Il n’y a bête ni oiseau,
Qu’en son jargon ne chante ou crie :
«Le temps a laissé son manteau!
De vent, de froidure et de pluie».

Rivière, fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Gouttes d’argent, d’orfèvrerie,
Chacun s’habille de nouveau
Le temps a laissé son manteau.


Ancien français :

Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye,
Et s’est vestu de brouderie
De souleil luisant, cler et beau.

Il n’y a beste, ne oyseau,
Qu’en son jargon ne chante, ou crie :
Le temps a laissié son manteau
De vent, de froidure et de pluye.

Riviere, fontaine et ruisseau,
Portent, en livrée jolie,
Goutes d’argent d’orfaverie,
Chascun s’abille de nouveau.
Le temps a laissié son manteau.

Ce poème est le dernier texte de Beckett, écrit en français environ un an avant sa mort, ultime expression du sentiment de l’absurdité de l’existence.

Folie —
folie que de —
que de —
comment dire —
folie que de ce —
depuis —
folie depuis ce —
donné —
folie donné ce que de —
vu —
folie vu ce —
ce —
comment dire —
ceci —
ce ceci —
ceci-ci —
tout ce ceci-ci —
folie donné tout ce —
vu —
folie vu tout ce ceci-ci que de —
que de —
comment dire —
voir —
entrevoir —
croire entrevoir —
vouloir croire entrevoir —
folie que de vouloir croire entrevoir quoi —
quoi —
comment dire —
et où —
que de vouloir croire entrevoir quoi où —
où —
comment dire —
là —
là-bas —
loin —
loin là là-bas —
à peine —
loin là là-bas à peine quoi —
quoi —
comment dire —
vu tout ceci —
tout ce ceci-ci —
folie que de voir quoi —
entrevoir —
croire entrevoir —
vouloir croire entrevoir —
loin là là-bas à peine quoi —
folie que d’y vouloir croire entrevoir quoi —
quoi —
comment dire —

comment dire

L’adolescence a des leçons en masse.
On apprend la grammaire aux sottes et aux sots.
Donc moi,
ils m’ont viré de la cinquième classe –
Ils m’ont jeté dans les prisons moscovites
Dans votre
petit univers
d’appartement
poussent des poètes frisés pour les alcôves.
Que peut-on dénicher dans ces bichons lyriques ?!
Moi,
j’ai appris
à aimer
aux Boutyriks.
que me font les regrets sur le Bois de Boulogne ?!
Que me font les soupirs sur l’infini des mers ?!
Moi, c’est
d’une agence de pompes funèbres
que je m’épris
par le judas de la cellule 103
Ceux qui voient le soleil tous les jours
s’en font accroire ;
« Que valent – disent-ils – ces rayons de rien du tout ? »
Mais moi –
pour un reflet
jaune sur la paroi
j’aurais alors donné tout au monde

***

Vladimir Maïakovski, A pleine voix, anthologie poétique 1915-1930, Poésie/Gallimard

Raoul Hausman - Dada siegt, 1920

I

la chanson d’un dadaïste
qui avait dada au coeur
fatiguait trop son moteur
qui avait dada au coeur

l’ascenseur portait un roi
lourd fragile autonome
il coupa son grand bras droit
l’envoya au pape à rome

c’est pourquoi
l’ascenseur
n’avait plus dada au coeur

mangez du chocolat
lavez votre cerveau
dada
dada
buvez de l’eau

II

la chanson d’un dadaïste
qui n’était ni gai ni triste
et aimait une bicycliste
qui n’était ni gaie ni triste
mais l’époux le jour de l’an
savait tout et dans une crise
envoya au vatican
leurs deux corps en trois valises

ni amant
ni cycliste
n’étaient plus ni gais ni tristes

mangez de bons cerveaux
lavez votre soldat
dada
dada
buvez de l’eau

III

la chanson d’un bicycliste
qui était dada de coeur
qui était donc dadaïste
comme tous les dadas de coeur

un serpent portait des gants
il ferma vite la soupape
mit des gants en peau d’serpent
et vient embrasser le pape

c’est touchant
ventre en fleur
n’avait plus dada au coeur

buvez du lait d’oiseaux
lavez vos chocolats
dada
dada
mangez du veau

Il était une feuille avec ses lignes –
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur –
Il était une branche au bout de la feuille –
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur –
Il était un arbre au bout de la branche –
Un arbre digne de vie
digne de chance
digne de cœur –
cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l’arbre –
Racines vignes de vie
vignes de chance
vignes de cœur –
Au bout des racines il était la terre –
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.

Penser une fleur c’est la voir et la respirer
Et manger un fruit c’est en savoir le sens.

C’est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d’en jouir à ce point,
Et que je m’étends de tout mon long dans l’herbe,
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux.

***

Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeaux

Redde Caesari quae sunt Caesaris

Même quand il était raide, César rendait la monnaie exacte.

***

All right

Tout le monde est riche !

***

Se habla español

C’est un plat espagnol (Exemple : Paella et circences).

Self made man

Il est sorti de la merde tout seul.

Quousque tandem

Ils mangent leur couscous tout en restant assis sur leur bicyclette.

***

Tu quoque, fili.

Fili est passé chef-coq.

***

Aere perennius

Aère le plus souvent possible ton périnée.

Honoris causa

C’est la faute à la nourrice.

***

Deo gratias

Dieu aussi se gratte.

***

Nunc est bibendum

Mon oncle travaille chez Michelin.

*****

Jean-Pierre Verheggen, Ridiculum vitae précédé de Artaud Rimbur Poésie/Gallimard, 2001

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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