Halil regarde le soleil,
il est là,
            loin, très haut,
rond
            rouge
                      et terne au-delà de la poussière.
Halil referme la fenêtre,
baisse les paupières.
Dans sa tête le soleil :
une masse de flammes, trois millions de fois deux mille millions de tonnes,
ni bon,
           ni mauvais,
                      ni beau,
                            ni laid,
                                ni juste,
                                      ni injuste,
une vie immense
          sans bornes,
une puissance de 100000 CV par mètre carré, ni nuit
          ni matin
                 ni espoir
                        ni hélas
                             ni haut
                                   ni bas
des trombes
         de gaz
                 blancs
soufflant à six cent mille kilomètres à l'heure,
atomes à l'état d'ions,
et c'est encore la mort,
                        et à nouveau la naissance
                                           et à nouveau la plénitude
avec des ruptures
            et des bonds
sans début ni fin
                      et qui ne m'est pas lié
           et qui existait avant moi
                                         et qui existera après moi.

***

Nazim Hikmet, En cette année 1941, extrait
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