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Je suis couché de tout mon long,
                     au fin fond de l'Atlantique, Père Pèlerin,
                                      appuyé sur un coude,
                                                 au fin fond de l'Atlantique.

Je lève les yeux :
je vois un sous-marin,
là-haut, très haut, au-dessus de ma tête,
il glisse à cinquante mètres de profondeur,
tel un poisson, Père Pèlerin,
reclus et muet dans sa cuirasse et dans l'eau,
                                         tel un poisson.

[...] La lumière pénètre jusqu'à quatre cents mètres,
puis ce sont les ténèbres immenses,
                                                  profondes.
De temps en temps seulement,
                   des poissons étranges passent dans l'ombre,
                                                      l'éclaboussent de lumière.
Ensuite, il n'y a plus rien.
Plus rien,
        jusqu'au fond,
                  rien que les eaux,
                                   couches après couches,
                                                        épaisses, absolues,
                                                                      et tout en bas,
                                                                                    moi.
Je suis couché de tout mon long, Père Pèlerin,
couché de tout mon long au fin fond de l'Atlantique,
                               appuyé sur un coude,
                               je regarde vers en haut.
L'Europe et l'Amérique, au-dessus de l'Atlantique,
                                  ça fait deux,
                                           mais pas au fond,
                                                là, c'est tout un.

[...] Les pétroliers font feu,
et crachant leurs hommes et leurs cargaison,
                              ils se mettent à sombrer.
Mazout, pétrole, essence,
la surface de la mer prend feu.
Là-haut coule un fleuve de flammes,
gras et gluant,
                     un fleuve de flammes, mon cher,
rouge, bleu, noir,
un paysage de chaos primitif,
et tout près de la surface, dans l'eau, une belle pagaille :
explosions, désagrégations,
regarde ce pétrolier qui coule,
il a l'air d'un somnambule,
                              d'un lunatique.
Pour lui, plus de chaos,
il pénètre dans le paradis de l'univers marin,
il descend, sans cesse,
il se perd dans les ténèbres aquatiques,
il ne tiendra pas, il sera mis en pièces,
et son mât, mon ami, ou sa cheminée,
                viendra échouer à mes côtés.       

***

Nazim Hikmet, En cette année 1941, extrait
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Le style est la réponse à tout.
L’approche neuve d’une chose terne et dangereuse.
Mieux vaut faire une chose terne avec du style qu’une chose dangereuse sans style.
Faire une chose dangereuse avec style, c’est ça l’art.

La tauromachie peut être un art.
La boxe peut être un art.
Faire l’amour peut être un art.
Ouvrir une boîte de sardines peut être un art.

Rares sont ceux qui ont du style.
Rares sont ceux qui peuvent le garder.
J’ai vu des chiens avoir plus de style que les hommes.
Bien que peu de chiens aient du style.
Les chats en ont à profusion.

Hemingway se faisant gicler la cervelle contre le mur au calibre 12, ça c’est du style.
Quelquefois les gens vous donnent du style.
Jeanne d’Arc avait du style.
Jean-Baptiste,
Jésus,
Socrate,
César,
Garcia Lorca.

J’ai connu en prison des gens qui avaient du style.
J’en ai connus plus en prison que hors de prison.
Le style, c’est une différence. Une façon de faire, une façon d’être.
Six hérons juchés sur leurs pattes dans un étang…
ou vous, qui sortez nu des chiottes, sans me voir.

***

Charles Bukowski (1920-1994)Mockingbird, Wish Me Luck (Oiseau moqueur, souhaite-moi bonne chance) (1972)

L’échelonnement des haies
Moutonne à l’infini, mer
Claire dans le brouillard clair
Qui sent bon les jeunes baies.

Des arbres et des moulins
Sont légers sur le vert tendre
Où vient s’ébattre et s’étendre
L’agilité des poulains.

Dans ce vague d’un Dimanche
Voici se jouer aussi
De grandes brebis aussi
Douces que leur laine blanche.

Tout à l’heure déferlait
L’onde, roulée en volutes,
De cloches comme des flûtes
Dans le ciel comme du lait.

***

Stickney, 1875
Paul Verlaine, Sagesse, III, 1881.

Voici ce que je vis : Les arbres sur ma route
Fuyaient mêlés, ainsi qu’une armée en déroute,
Et sous moi, comme ému par les vents soulevés,
Le sol roulait des flots de glèbe et de pavés !

Des clochers conduisaient parmi les plaines vertes
Leurs hameaux aux maisons de plâtre, recouvertes
En tuiles, qui trottaient ainsi que des troupeaux
De moutons blancs, marqués en rouge sur le dos !

Et les monts enivrés chancelaient, – la rivière
Comme un serpent boa, sur la vallée entière
Étendu, s’élançait pour les entortiller…
– J’étais en poste, moi, venant de m’éveiller !

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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