Le vers néo-alexandrin, dont j’ai l’honneur d’être l’auteur, se distingue de l’ancien en ce que, au lieu d’être à la fin, la rime se trouve au commencement (c’est bien son tour).
Ce nouveau vers doit se composer d’une moyenne de douze pieds ; je dis d’une moyenne parce qu’il n’est pas nécessaire que chaque vers ait personnellement douze pieds.
L’important est qu’à la fin du poème, le lecteur trouve son compte exact de pieds, sans quoi l’auteur s’exposerait à des réclamations, des criailleries parfaitement légitimes, nous en convenons, mais fort pénibles.
Voici un léger spécimen de ces vers néo-alexandrins :

11. Cher ami gardéniste, amateur de bonne
12. Chère, on t’appelle à l’appareil téléphonique
07. Allô ! qu’y a-t-il ? – Voici
12. À l’Hôtel Terminus (le fameux Terminus !)
06. Nous nous réunirons
14. (Nounous, le présent avis n’est pas pour votre fiole)
14. Samedi… (non lundi) 20 mars à 7 heures précises
17. Ça me dit, cette proposition, et à toi aussi j’espère
13. Lundi 20 mars donc… (non samedi, mais non lundi)
16. L’un dit une chose, l’autre une autre, voilà comme on se trompe
09. On se les calera bien, fois d’Alf
08. Onse Allais ! après quoi suivront
14. Concert varié, danses lascives, bref le programme
20. Qu’on sert d’habitude dans nos cordiales et charmantes petites soirées
13. Amène ta bonne amie, ça nous fera plaisir
06. Amen ! Alphonse Allais

Total : 192. Or 192/16 = 12, C.Q.F.D.

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Alphonse Allais, « Léger spécimen de vers néo-alexandrins », Par les bois du Djinn, Parle et bois du gin, poésies complètes, Gallimard.