Penche la tête sur cette onde
Dont le cristal paraît si noir ;
Je t’y veux faire apercevoir
L’objet le plus charmant du monde.
[…]
Bien que ta froideur soit extrême,
Si, dessous l’habit d’un garçon,
Tu te voyais de la façon,
Tu mourrais d’amour pour toi-même.

Vois mille Amours qui se vont prendre
Dans les filets de tes cheveux ;
Et d’autres qui cachent leurs feux
Dessous une si belle cendre.
[…]
Je tremble en voyant ton visage
Flotter avecques mes désirs,
Tant j’ai de peur que mes soupirs
Ne lui fassent faire naufrage.
[…]
Veux-tu par un doux privilège,
Me mettre au-dessus des humains ?
Fais-moi boire au creux de tes mains,
Si l’eau n’en dissout point la neige.

Ah ! je n’en puis plus, je me pâme,
Mon âme est prête à s’envoler ;
Tu viens de me faire avaler
La moitié moins d’eau que de flamme.

Ta bouche d’un baiser humide
Pourrait amortir ce grand feu :
De crainte de pécher un peu
N’achève pas un homicide.
[…]
Climène, ce baiser m’enivre,
Cet autre me rend tout transi.
Si je ne meurs de celui-ci,
Je ne suis pas digne de vivre.

***

écouter la version musicale par Claude Debussy

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