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Les mots nouveaux me donnent de la tablature*,
Ils ne figurent pas au Larousse illustré
Et bien souvent je suis quelque peu étonné
Par ceux-ci, dont l’aspect semble contre nature :

Arnalducien, bensilloscope, bergissime,
Blavièrement, braffortomane, duchater,

Lattissoir, lescurophage, queneautiser,
Quevaloïde, schmidtineux, à quoi ça rime ?

Mais il est parmi tous un mot imprononçable,
Sous un parler rugueux son sens est délectable,
C’est le mot : oulichnblkrtssfrllnns.

J’eus tort de faire appel à lui pour un sonnet
Car je ne trouve pas de rime à frllnns.

***

« donner de la tablature » : locution vieillie, causer de l’embarras, donner du mal.

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[…] tout dans la nature prenait des aspects nouveaux, et des voix secrètes sortaient de la plante, de l’arbre, des animaux, des plus humbles insectes, pour m’avertir et m’encourager. Le langage de mes compagnons avait des tours mystérieux dont je comprenais le sens, les objets sans forme et sans vie se prêtaient eux-mêmes aux calculs de mon esprit; – des combinaisons de cailloux, des figures d’angles, de fentes ou d’ouvertures, des découpures de feuilles, des couleurs, des odeurs et des sons je voyais ressortir des harmonies jusqu’alors inconnues. « Comment, me disais-je, ai-je pu exister si longtemps hors de la nature et sans m’identifier à elle? Tout vit, tout agit, tout se correspond; les rayons magnétiques émanés de moi-même ou des autres traversent sans obstacle la chaîne infinie des choses créées; c’est un réseau transparent qui couvre le monde, et dont les fils déliés se communiquent de proche en proche aux planètes et aux étoiles. Captif en ce moment sur la terre, je m’entretiens avec le choeur des astres, qui prend part à mes joies et à mes douleurs! »

***

Gérard de Nerval, Aurélia ou le rêve et la vie, II, 5, 1855

Tableau : Gustave Moreau, Les Licornes, 1885

Avant hier, c’était la Gay Pride : pour marquer le coup, un petit poème de Sappho…

Envers vous, belles, ma pensée n’est point changeante.
Je ne change point, ô vierges de Lesbos !
Lorsque je poursuis la Beauté fugitive,
Tel le Dieu chassant une vierge au peplos*
Très blanc sur la rive.
Je n’ai point trahi l’invariable amour.
Mon coeur identique et mon âme pareille
Savent retrouver, dans le baiser d’un jour,
Celui de la veille.
Et j’étreins Atthis* sur les seins de Dika.
J’appelle en pleurant, sur le seuil de sa porte,
L’ombre, que longtemps ma douleur invoque,
De Timas la morte.
Pour l’Aphrodita j’ai dédaigné l’Eros,
Et je n’ai de joie et d’angoisse qu’en elle :
Je ne change point, ô vierges de Lesbos,
Je suis éternelle.

***

Sappho, environ VIIe siècle avant JC
*péplos : tunique des femmes grecques
Atthis : jeune femme disciple de Sappho, dont la poétesse était amoureuse, mais qui dut quitter l’école pour être mariée. Il semble que le poème lui soit dédié.

Tableau : Klimt, Jeunes femmes

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture on pouvait à n’importe quel moment le saisir le rouer de coups, le tuer – parfaitement le tuer – sans avoir de compte à rendre à personne sans avoir d’excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu’on tue le Remords, beau comme la face de stupeur d’une dame anglaise qui trouverait dans sa soupière un crâne de Hottentot?

Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent de l’oeil des mots en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.

***

Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939 (extrait)

Aujourd’hui, un grand classique de l’ironie…


Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu’il est presque impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir.
Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font les eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée.
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.
Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui, chez les nations policées, est d’une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?

***

Montesquieu, De l’esprit des lois, Livre XV, chapitre V.

Tableau : Le marché aux esclaves, Gustave Clarence Rodolphe Boulanger, v.1882

Il brille, le sauvage Eté,
La poitrine pleine de roses.
Il brûle tout, hommes et choses,
Dans sa placide cruauté.

Il met le désir effronté
Sur les jeunes lèvres décloses ;
Il brille, le sauvage Eté,
La poitrine pleine de roses.

Roi superbe, il plane irrité
Dans des splendeurs d’apothéoses
Sur les horizons grandioses ;
Fauve dans la blanche clarté,
Il brille, le sauvage Eté.

***

Théodore de Banville, Les Cariatides, 1843
Illustration : gravure de Manet pour le frontispice des Ballades de Banville (source)

[Gargantua] visita la ville [de Paris], et fut veu de tout le monde en grande admiration, car le peuple de Paris est tant sot, tant badault et tant inepte de nature, qu’un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avecques ses cymbales, un vielleuz au mylieu d’un carrefour, assemblera plus de gens que ne feroit un bon prescheur evangelicque .
Et tant molestement le poursuyvirent qu’il feut contrainct soy reposer suz les tours de l’eglise Nostre Dame. Auquel lieu estant, et voyant tant de gens à l’entour de soy, dist clerement :
« Je croy que ces marroufles voulent que je leurs paye icy ma bien venue et mon proficiat. C’est raison. Je leur voys donner le vin, mais ce ne sera que par rys. »
Lors, en soubriant, destacha sa belle braguette, et, tirant sa mentule en l’air, les compissa si aigrement qu’il en noya deux cens soixante mille quatre cens dix et huyt, sans les femmes et petiz enfans.
Quelque nombre d’iceulx evada ce pissefort à legiereté des pieds, et, quand furent au plus hault de l’Université, suans, toussans, crachans et hors d’halene, commencerent à renier et jurer, les ungs en cholere, les aultres par rys : « Je renie bieu, Frandiene, voy tu ben, la mer Dé, po cab de bious, das dich gots leyden schend, Ja martre schend, ventre saint Quenet, vertus guoy, par saint Fiacre de Brye, saint Treignant, je fais voeu à saint Thibaud, Pasques dieu, le bon jour dieu, le diable m’emporte, Carymary, carymara, par saint Andouille, par saint Guodegrin qui fut martyrisé de pommes cuites, par saint Foutin l’apôtre, Nê, Diâ, Mà Diâ, par sainte Mamye, nous son baignez par rys ! » Dont fut depuis la ville nommée Paris, laquelle auparavant on appelloit Leucece, comme dict Strabo, lib. iiij , c’est à dire, en grec, Blanchette, pour les blanches cuisses des dames dudict lieu.

***

Rabelais, Gargantua, 1534, ch. XVI

Je crois que pour saisir une partie du sens de ce poème, il faut essayer de le lire à haute voix en respectant la ponctuation  et la versification : pauses seulement après points et virgules ; pas de pause à la rime et à la césure (après la 6e syllabe pour les alexandrins) s’il n’y en a pas, mais accent d’intensité ou allongement du son vocalique ; quand une virgule est précédée d’un e muet et suivie d’une consonne, manque de chance, on ne peut pas reprendre son souffle, car on ne peut marquer la virgule et prononcer le e muet qu’en allongeant la voyelle précédente (ex : v4 Mooooon-teu-co-meu-dan…). Normalement, à la fin de ce poème, vous devriez devenir tout bleu, avec une voix de macchabée…

Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur!
– Vers l’Azur attendri d’octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie,
Et laisse sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.

De toutes [les] défaillances de l’amitié, de tous [ses] inconvénients, il n’est qu’un moyen de se préserver : avoir la précaution de ne pas aimer trop vite et de ne pas donner son affection à des personnes qui n’en sont pas dignes. Or ceux là sont dignes d’être nos amis que rend aimables leur être intime. L’espèce en est rare. Eh oui! sans doute, toutes les belles choses sont rares et rien n’est plus difficile que de trouver quoi que ce soit d’absolument parfait dans son genre. Mais beaucoup d’hommes ne reconnaissent de valeur qu’aux choses qui sont matériellement d’un bon rapport et ils aiment leurs amis comme on aime le bétail, à proportion du profit qu’on en attend.
Ils ignorent donc l’amitié la plus belle et la plus conforme à la nature, celle qui est une fin en soi et qu’on recherche pour elle-même et ils ne savent pas juger d’après eux-mêmes de la signification vraie de l’amitié, de sa grandeur. Chacun en effet aime son propre moi et ce n’est pas dans l’espoir d’obtenir de soi une rémunération de cet amour, mais parce que son moi lui est cher par lui-même. Si cette façon d’aimer ne sert pas de modèle à l’amitié, on ne pourra jamais être un véritable ami, car un ami vrai est pour son ami un second lui-même. Quelque chose de tel, qu’on l’observe, se voit chez les bêtes, celles qui volent, celles qui nagent et aussi chez les animaux terrestres, apprivoisés et sauvages : ces êtres s’aiment d’abord eux-mêmes (c’est là un instinct qui existe de naissance au même degré en tout vivant) puis en désirent, en recherchent d’autres de même espèce auxquels ils s’attachent, c’est là l’effet d’un besoin, d’une sorte d’amour qui ressemble à l’amour humain et combien cela est plus naturel à l’homme qui, tout en s’aimant lui-même, réclame un autre être dont l’âme se mêle à la sienne au point qu’ils ne fassent, peut-on presque dire, qu’un en deux corps.

***

Cicéron, Laelius, De Amicitia, XXI, 79-81

Tableau : Le Jeune Cicéron lisant, fresque de Vincenzo Foppa de Brescia, datée vers 1464

Je vis, je meurs; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint lourd tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

***

Louise Labé, Sonnets, 1555

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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