Les larmes gèlent, Cassandre.
Le coeur humain n’est que cendres.
On dit que les machines s’aiment:
consolation, tout de même.

Nous en avons tous bien besoin.
Elle fait l’objet de tous nos soins.
Comme les yeux humains sont froids
comparés aux machines, tu vois.

Ce que c’est que les illusions!
Moins que les robots nous savons.
Les sentiments sont désormais
suscités à l’électricité.

Le robot muet descend de l’arche,
plein de désir de paternité.
Vous autres: en avant, marche!
Place pour les amants programmés!

Ne coupez donc pas le courant.
Surtout que l’amour ne meure pas.
Les machines s’aiment en tout cas
c’est plus que les hommes, n’est-ce pas?

***

Stig Dagerman (1923-1954)27 octobre 1950 – Traduction de Philippe Bouquet

Photo : ENIAC, le premier ordinateur, en 1946