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A Raymond-le-chien

Ah oui ça c’est bien vrai
Que c’était pas comme ça
De mon temps de ton temps
On respectait les vieux
On marchait sul trottoir
On la tournait sa langue
Dissette fois dans sa bouche
Avant d’oser causer
Et les gauloiz coûtaient
Dix centimes-deux sous
Mais ils ont tout changé
On n’a plus de respect
Pour les vieux pour les vieux
On fait l’amour avec
Des sinjenpantalons
On roul dans des voitures
Qui marche-t-au pétrole
Et puis et puis surtout
Ah merde merde merde
On est vieux, on est vieux …

Ma faim, Anne, Anne,
Fuis sur ton âne.

Si j’ai du goût, ce n’est guères*
Que pour la terre et les pierres
Dinn ! dinn ! dinn ! dinn ! je pais l’air,
Le roc, les Terres, le fer.

Tournez, les faims ! paissez, faims,
Le pré des sons !
L’aimable et vibrant venin
Des liserons ;

Les cailloux qu’un pauvre brise,
Les vieilles pierres d’églises,
Les galets, fils des déluges,
Pains couchés aux vallées grises !

Mes faims, c’est les bouts d’air noir ;
L’azur sonneur ;
– C’est l’estomac qui me tire.
C’est le malheur.

Sur terre ont paru les feuilles :
Je vais aux chairs de fruits blettes,
Au sein du sillon je cueille
La doucette et la violette.

Ma faim, Anne, Anne !
Fuis sur ton âne.

***

« guères » : l’orthographe est telle que Rimbaud l’a écrite…

Cher Dieu,
Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps. Je te préviens tout de suite: j’ai horreur d’écrire. Faut vraiment que je sois obligé. Parce qu’écrire c’est guirlande, pompon, risette, ruban, et cetera. Ecrire, c’est rien qu’un mensonge qui enjolive. Un truc d’adultes.
La preuve? Tiens, prends le début de ma lettre: «Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps», j’aurais pu aussi bien mettre: «On m’appelle Crâne d’Oeuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis à l’hôpital à cause de mon cancer et je ne t’ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes.»
Seulement si j’écris ça, ça la fout mal, tu vas moins t’intéresser à moi. Or j’ai besoin que tu t’intéresses.

……

Voilà. Alors Dieu, à l’occasion de cette première lettre, je t’ai montré un peu le genre de vie que j’avais ici, à l’hôpital, où on me regarde maintenant comme un obstacle à la médecine, et j’aimerais te demander un éclaircissement: est-ce que je vais guérir? Tu réponds oui ou non. C’est pas bien compliqué. Oui ou non. Tu barres
la mention inutile.

A demain, bisous,

Oscar.

P.-S. Je n’ai pas ton adresse: comment je fais?

Photo : Eric-Emmanuel Schmitt et les dames roses (si j’ai bien compris, les Blouses Roses est une association de personnes chargées d’accompagner et de distraire les enfants malades)

C’est la petite misère
avec tes yeux gris
avec ton blouson vert
comme un chat dans la nuit
Va pas t’tailler les veines
Va pas couler avec la Seine

C’est la petite misère
Va pas t’foutre en l’air
sur la ligne aérienne
Un ticket de métro
c’est quand même pas Cayenne
T’en ferais pas un peu trop

C’est la petite misère
Ne plus te voir ce soir
Dormir dans nos caravanes
dans la ville d’en bas
on attend notre tour
pour un autre départ

Nous sommes faits d’atomes
et d’électricité
Le cœur marche et puis il s’arrête
Nous sommes faits d’atomes
Un somme nous arrête

C’est la petite misère
Que tu me prends la tête
Trois Pater, deux Ave
une enfant dépravée
Tous les gens vont au lit
Des rêves flingués dans la tête

C’est la petite misère
Un peu plus bas que terre
Prisonniers de nos clés
de nos corps déréglés
c’est la petite misère
Quand tu t’en vas bien trop loin

C’est la petite misère
mais c’est bien toi que j’aime
Ne te moque pas
Ne prends pas ces grands airs
c’est la porte à coté
celle du cimetière

Nous sommes faits d’atomes
et d’électricité
et le cœur marche et puis il s’arrête
Nous sommes faits d’atomes
Personne nous arrête
La vie est bien trop courte
pour que l’on regrette

C’est la petite misère
C’est vraiment pas de veine
avec ta dégaine
Sur la ligne aérienne
ta gueule de second rôle
C’est quand même pas la taule

C’est la petite misère
Je peux conduire comme James Dean
les yeux fermés sous la pluie
dans le désert de Paris
dans le désert de Paris

***
Raphael Haroche, Pacific 231, 2010

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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