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O vous, qui ne connûtes jamais du monde que des couleurs et des sons sans substance, cœurs sensibles, bouches lyriques où l’âpre vérité fondrait comme une praline – petits cœurs, petites bouches – ceci n’est point pour vous. Vos diableries sont à la mesure de vos nerfs fragiles, de vos précieuses cervelles, et le Satan de votre étrange rituaire n’est que votre propre image déformée, car le dévot de l’univers charnel est à soi-même Satan. Le monstre vous regarde en riant, mais il n’a pas mis sur vous sa serre. Il n’est pas dans vos livres radoteurs, et non plus dans vos blasphèmes ni vos ridicules malédictions. Il n’est pas dans vos regards avides, dans vos mais perfides, dans vos oreilles pleines de vent. C’est en vain que vous le cherchez dans la chair plus secrète que votre misérable désir traverse sans s’assouvir, et la bouche que vous mordez ne rend qu’un sang fade et pâli… Mais il est cependant… Il est dans l’oraison du Solitaire, dans son jeûne et sa pénitence, au creux de la plus profonde extase, et dans le silence du cœur… Il empoisonne l’eau lustrale, il brûle dans la cire consacrée, respire dans l’haleine des vierges, déchire avec la haire et la discipline, corrompt toute voie. On l’a vu mentir sur les lèvres entrouvertes pour dispenser la parole de vérité, poursuivre le juste, au milieu du tonnerre et des éclairs du ravissement béatifique, jusque dans les bras même de Dieu… Pourquoi disputerait-il tant d’hommes à la terre sur laquelle ils rampent comme des bêtes, en attendant qu’elle les recouvre demain? Ce troupeau obscur va tout seul à sa destinée… Sa haine s’est réservé les saints.

***

Illustration : Jean-Christophe Bouvet (Satan déguisé en maquignon) et Gérard Depardieu (Donissan, curé aspirant à la sainteté) dans Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat (1987).

Complice, complice, c’est comme auteur. Nous en sommes les complices, nous en sommes les auteurs. Complice, complice, c’est autant dire auteur.

Celui qui laisse faire est comme celui qui fait faire. C’est tout un. Ça va ensemble. Et celui qui laisse faire et celui qui fait faire ensemble, c’est comme celui qui fait, c’est autant que celui qui fait. […] C’est pire que celui qui fait. Car celui qui fait, il a au moins le courage de faire. Celui qui commet un crime, il a au moins le courage de le commettre. Et quand on le laisse faire, il y a le même crime ; c’est le même crime ; et il y a la lâcheté par dessus. Il y a la lâcheté en plus.

Il y a partout une lâcheté infinie.

Complice, complice, c’est pire qu’auteur, infiniment pire.

***

Le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc, Charles Péguy (1873-1914)

Tableau : La Mort de Sainte Jeanne d’Arc sur le Bûcher, par Lionel Royer (1852-1926), Basilique de Domremy.

CLEANTHE

Que dites-vous donc de la matière ?

AUTOMONOPHILE

Que la matière n’existe pas.

CLEANTHE

Quoi ? Prétendez-vous vous en tirer par une absurdité pareille ?

AUTOMONOPHILE

Dites-moi, quand êtes-vous en droit de dire qu’une chose est ?

CLEANTHE

Quand je la perçois.

AUTOMONOPHILE

C’est bien ce que je voulais vous faire accorder. Ce qui est, c’est ce que je vois, je touche ou j’entends, ou ce que je me souviens d’avoir vu, touché, entendu, mais rien d’autre. Ce que nous appelons le monde est la somme de nos sensations. Nous ne connaissons pas le monde lui-même, en lui-même, nous avons chacun un monde senti.

CLEANTHE

Voudriez-vous dire que personne ne sent le même monde ? Que chacun a un monde différent ?

AUTOMONOPHILE

Exactement. Voyons-nous identiquement ? Sentons-nous identiquement ? Tel a la langue goûteuse, tel un nez particulièrement savoureux, tel une sensibilité exquise au bout des doigts, et tel entendrait une mouche éternuer.

CLEANTHE

Cela est vrai.

AUTOMONOPHILE

Il y a donc autant de mondes que de particuliers.

[…]

CLEANTHE

Mais si les sensations ne sont pas l’empreinte d’objets extérieurs, que sont-elles dès lors ? Quelle est leur origine ?

AUTOMONOPHILE

Moi.

CLEANTHE

Comment ?

AUTOMONOPHILE

Si, si, vous n’en croyez pas vos oreilles, mais vous m’avez bien entendu. Je suis moi-même l’origine de mes sensations.

CLEANTHE

Vous ? L’auteur du monde ?

AUTOMONOPHILE

Moi-même. Ce monde, fait de couleurs, d’objets, d’odeurs, c’est moi qui en suis le créateur.

CLEANTHE

Mon ami, adieu. L’entretien n’a duré que trop longtemps. Comment pouvez-vous dire que c’est votre esprit qui produit lui-même, pour lui-même, ses sensations ?

AUTOMONOPHILE

Quand vous rêvez, n’êtes-vous pas l’auteur de votre rêve ? Lorsque vous vous voyez en train de voguer sur la mer, cap sur les Amériques, les vagues sont-elles autre chose que le produit de votre imagination ?

CLEANTHE

Naturellement, puisqu’il s’agit d’un rêve.

AUTOMONOPHILE

Qui vous l’apprend ?

CLEANTHE

Le réveil.

AUTOMONOPHILE

Et si vous alliez vous réveillez de la vie ?

CLEANTHE

Allons ! …

Photo : Ben, J’ai rêvé 1985
Acrylique sur bois, collage d’objets et lit, 250 x 750 x180 cm
Galerie Baudoin Lebon, Fiac 1991
Collection Frac Paca
Photographie Frac/André Morain

[…] Vendredi savait depuis longtemps assez d’anglais pour comprendre les ordres que lui donnait Robinson et nommer tous les objets utiles qui l’entouraient.
Un jour cependant, Vendredi montra à Robinson une tache blanche qui palpitait dans l’herbe, et il lui dit :
– Marguerite.
– Oui, répondit Robinson, c’est une marguerite.
Mais à peine avait-il prononcé ces mots que la marguerite battait des ailes et s’envolait.
– Tu vois, dit-il aussitôt, nous nous sommes trompés. Ce n’était pas une marguerite, c’était un papillon.
– Un papillon blanc, rétorqua Vendredi, c’est une marguerite qui vole.
Avant la catastrophe, quand il était maître de l’île et de Vendredi, Robinson se serait fâché. Il aurait obligé vendredi à reconnaître qu’une fleur est une fleur et un papillon un papillon. Mais là, il se tut et réfléchit.
Plus tard, Vendredi et lui se promenaient sur la plage. Le ciel était bleu, sans nuages, mais comme il était encore très matin, on voyait le disque blanc de la lune à l’ouest. Vendredi qui ramassait des coquillages montra à Robinson un petit galet qui faisait une tache blanche et ronde sur le sable pur et propre. Alors, il leva la main vers la lune et dit à Robinson :
– Ecoute-moi. Est-ce la lune qui est le galet du ciel ou est–ce ce petit galet qui est la lune du sable ?
Puis il y eut une période de mauvais temps. Des nuages noirs s’amoncelèrent au-dessus de l’île, et bientôt la pluie se mit à crépiter sur les feuillages, à faire jaillir des milliards de petits champignons à la surface de la mer, à ruisseler sur les rochers. Vendredi et Robinson s’étaient abrités sous un arbre. Vendredi s’échappa soudain et s’exposa à la douche. Il renversait son visage en arrière et laissait l’eau couler sur ses joues. Il s’approcha de Robinson.
– Regarde, lui dit-il, les choses sont tristes, elles pleurent. Les arbres pleurent, les rochers pleurent, les nuages pleurent, et moi, je pleure avec eux. Ouh, ouh, ouh ! La pluie, c’est le grand chagrin de l’île et de tout…
Robinson commençait à comprendre. Il acceptait peu à peu que les choses les plus éloignées les unes des autres – comme la lune et un galet – puissent se ressembler au point d’être confondues, et que les mots volent d’une chose à une autre, même si cela devait un peu embrouiller les idées.

  C’est ainsi que l’on nomme les protestants français que la révocation de l’Edit de Nantes a forcés de sortir de France, et de chercher un asile dans les pays étrangers, afin de se soustraire aux persécutions qu’un zèle aveugle et inconsidéré leur faisait éprouver dans leur patrie. Depuis ce temps, la France s’est vue privée d’un grand nombre de citoyens qui ont porté à ses ennemis des arts, des talents et des ressources dont ils ont souvent usé contre elle. Il n’est point de bon Français qui ne gémisse depuis longtemps de la plaie profonde causée au royaume par la perte de tant de sujets utiles. Cependant, à la honte de notre siècle, il s’est trouvé de nos jours des hommes assez aveugles ou assez impudents pour justifier aux yeux de la politique et de la raison la plus funeste démarche qu’ait jamais pu entreprendre le conseil d’un souverain. Louis XIV, en persécutant les protestants, a privé son royaume de près d’un million d’hommes industrieux qu’il a sacrifiés aux vues intéressées et ambitieuses de quelques mauvais citoyens qui sont les ennemis de toute liberté de penser, parce qu’ils ne peuvent régner qu’à l’ombre de l’ignorance. L’esprit persécuteur devrait être réprimé par tout gouvernement éclairé: si l’on punissait les perturbateurs qui veulent sans cesse troubler les consciences de leurs concitoyens lorsqu’ils différent dans leurs opinions, on verrait toutes les sectes vivre dans une parfaite harmonie et fournir à l’envi des citoyens utiles à la patrie et fidèles à leur prince.
Quelle idée prendre de l’humanité et de la religion des partisans de l’intolérance? Ceux qui croient que la violence peut ébranler la foi des autres donnent une opinion bien méprisable de leurs sentiments et de leur propre constance.

***

Encyclopédie, « Réfugiés », auteur anonyme, 1772

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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