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Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crêpe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

***

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone
D’un gros os bien juteux faites taire le chien
Muselez les pianos, qu’un tambour étouffé
Emmène le cercueil, qu’entrent les éplorés

Que dans le ciel tournoient des avions gémissants
Qu’ils écrivent là haut ce message : Il est Mort
Que l’on ceigne de crèpe le cou des tourterelles
Qu’aux carrefours les agents portent des gants noirs

Il était mon nord, mon sud, mon est et mon ouest
Ma semaine de travail, mon repos du dimanche
Mon midi, mon minuit, ma parole et mon chant
Je croyais qu’on s’aimait pour toujours, j’avais tort

Qu’importent les étoiles maintenant, mouchez les
Allez ranger la lune, démontez le soleil
Videz les océans, balayez les forêts
Plus rien de bon ne peut advenir désormais

Qu’est-ce pour nous, mon cœur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant
Tout ordre ; et l’Aquilon encor sur les débris

Et toute vengeance ? Rien !… — Mais si, toute encor,
Nous la voulons ! Industriels, princes, sénats,
Périssez ! puissance, justice, histoire, à bas !
Ça nous est dû. Le sang ! le sang ! la flamme d’or !

Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,
Mon esprit ! Tournons dans la Morsure : Ah ! passez,
Républiques de ce monde ! Des empereurs,
Des régiments, des colons, des peuples, assez !

Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,
Que nous et ceux que nous nous imaginons frères ?
À nous ! Romanesques amis : ça va nous plaire.
Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux !

Europe, Asie, Amérique, disparaissez.
Notre marche vengeresse a tout occupé,
Cités et campagnes ! — Nous serons écrasés !
Les volcans sauteront ! et l’océan frappé…

Oh ! mes amis ! — mon cœur, c’est sûr, ils sont des frères :
Noirs inconnus, si nous allions ! allons ! allons !
Ô malheur ! je me sens frémir, la vieille terre,
Sur moi de plus en plus à vous ! la terre fond,

Ce n’est rien ! j’y suis ! j’y suis toujours.

***

Photo : Richard Lam – Le Baiser de Vancouver. La photo a été prise pendant des émeutes, sans mise en scène.

Éveilleur, arracheur,

Souffle souffert, souffle accoureur

Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui a beaucoup marché.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

Maître des trois chemins, tu as en face de toi un homme qui a beaucoup porté.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

J’ai porté le corps du commandant. J’ai porté le chemin de fer du commandant. J’ai porté la locomotive du commandant, le coton du commandant. J’ai porté sur ma tête laineuse qui se passe si bien de coussinet Dieu, la machine, la route – le Dieu du commandant.

Maître des trois chemins, j’ai porté sous le soleil, j’ai porté dans le brouillard j’ai porté sur les tessons de braise des fourmis manians. J’ai porté le parasol j’ai porté l’explosif j’ai porté le carcan.

Depuis Akkad. Depuis Elam. Depuis Sumer.

Maître des trois chemins, Maître des trois rigoles, plaise que pour une fois – la première depuis Akkad depuis Elam depuis Sumer – le museau plus tanné apparemment que le cal de mes pieds mais en réalité plus doux que le bec minutieux du corbeau et comme drapé, des plis amers que me fait ma grise peau d’emprunt (livrée que les hommes m’imposent chaque hiver) j’avance à travers les feuilles mortes de mon petit pas sorcier

vers là où menace triomphalement l’inépuisable injonction des hommes jetés aux ricanements noueux de l’ouragan.

Depuis Elam. Depuis Akkad. Depuis Sumer.

***

Aimé Césaire, Soleil cou coupé (1947), p.188 Seuil, éd. 2006

Version audio par Bernard Ascal

 

La sirène a retenti Les ouvriers aux traits tirés
se tiennent debout derrière leurs machines délabrées
sous les panneaux interdisant de dire Les moteurs toussent
les roues commencent à tourner une série d’images et de clichés
s’égrène sur la chaîne de montage
et passe sous les yeux rougis
des vérificateurs Chaque mot est approché de la lumière
tourné et retourné inspecté de tous côtés
avant d’être ajusté aux phrases et aux structures
puis transmis aux manœuvres qui soudent
les adjectifs aux noms
Un vieux travailleur se penche en fronçant les sourcils
un sens a failli s’égarer il l’écarte adroitement
sans se faire remarquer et d’un coup de pied
l’envoie sous la machine

 

***

« L’usine de poésie » de Keith Barnes, dans Né sous les éclats des vitres, 1967

Chaque fois que les gens découvrent son mensonge,
Le châtiment lui vient, par la colère accru.
« Je suis cuit, je suis cuit !  » gémit-il comme en songe.

Le menteur n’est jamais cru.

***

Illustration : détail du Jugement dernier, Bosch

 

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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