Ô des fourmis défilent sur mes bras ivres
et elles abandonnent Van Gogh dans un champ de maïs
et ôtent la vie au monde avec un
fusil de chasse,
et défilent sur mes bras ivres
et elles poussent Rimbaud
à trafiquer des armes et à chercher de l’or
sous les rochers,
Ô des fourmis défilent sur mes bras ivres,
elles ont envoyé Pound à l’asile
et ont poussé Crane à se jeter à la mer
en pyjama,
des fourmis, des fourmis défilent sur mes bras ivres
alors que nos écoliers scandent le nom de Willie Mays
plutôt que celui de Bach,
des fourmis défilent sur mes bras ivres
à travers mon verre j’essaie d’attraper
des planches de surf, des lavabos, des tournesols
et la machine à écrire tombe de la table
comme une attaque cardiaque
ou un taureau mort du dimanche,
et les fourmis entrent dans ma bouche
et dans ma gorge,
je les fais passer avec du vin
et remonte les stores
elles sont sur le grillage de la fenêtre
et sur les rues
escaladent les clochers des églises
et les chapes des pneus
cherchant quelque chose d’autre
à manger.

In Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines, éd. du Rocher, 2011.

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