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Soudain dans la forêt profonde est un conte. Matti et Maya sont deux enfants dont les village est victime d’une malédiction : tous les animaux en ont disparu depuis des décennies. Ici, Maya vient de trouver un chat. Dans la série « scènes symboliquement suspectes »…

Maya prit la main de Matti, fourra d’autorité ses doigts récalcitrants dans la douce fourrure du petit chat et ne les lâcha qu’une fois qu’ils se furent détendus. La main se calma sous la caresse, puis ce fut ensuite le tour du bras, de l’épaule et, enfin, de tout le corps. Le contact du pelage duveteux le ravit, autant que celui des doigts de Maya guidant les siens le long de l’échine veloutée du chat. […] L’animal ferma les yeux, imité par Matti qui sentait le petit corps frissonner au bout de ses doigts […]. Quand l’animal rouvrit les yeux – réduits à deux fentes couleur émeraude -, il fixa Matti comme pour lui dire : « Oui, caresse-moi encore, continue, s’il te plaît, nous aimons cela tous les deux, continue, oui, c’est ça, je t’en prie, ne t’arrête pas. »

Tout à coup, le petit chat lui décocha un clin d’oeil complice, sans aucune ambiguïté, comme pour signifier qu’il était parfaitement conscient de l’attrait qu’exerçait sa fourrure sur les doigts de Matti […].

***

Amos Oz, Soudain dans la forêt profonde, 2004, éd. folio, p. 80. Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen.

Erase Una Vez
un lobito bueno
al que maltrataban
todos los corderos

…..

Y había también
un príncipe malo,
una bruja hermosa
y un pirata honrado.

….

Todas estas cosas
había una vez
cuando yo soñaba
un mundo al revés.

Il était une fois
un gentil louveteau
qui était maltraité
par tous les moutons.

….

Et il y avait aussi
un méchant prince
une belle sorcière
et un pirate généreux

….

Toutes ces personnes
étaient une fois
lorsque je rêvais
d’un monde à l’envers

Blonde blonde
était la femme disparue entre les pavés
si légers qu’on les aurait crus des feuilles
si grands qu’on eût dit des maisons

C’était je m’en souviens un lundi
jour où le savon fait pleurer les astronomes

Le mardi je la revis
semblable à un journal déplié
flottant aux vents de l’Olympe
Après un sourire qui fila comme une lampe
elle salua sa soeur la fontaine
et retourna dans son château

Mercredi nue blême et ceinte de roses
elle passa comme un mouchoir
sans regarder les ombres de ses semblables
qui s’étendaient comme la mer

Jeudi je ne vis que ses yeux
signaux toujours ouverts pour toutes les catastrophes
L’un disparut derrière quelque cervelle
et l’autre fut avalé par un savon

Vendredi quand on aime
est le jour des désirs
Mais elle s’éloigna en criant
Tilbury tilbury ma flûte est perdue
Va-t-en la rechercher sous la neige ou dans la mer

Samedi je l’attendais une racine à la main
prêt à brûler en son honneur
les astres et la nuit qui me séparaient d’elle
mais elle était perdue comme sa flûte
comme un jour sans amour

Et j’attendais dimanche
mais dimanche ne vint jamais
et je restai dans le fond de la cheminée
comme un arbre égaré

***

Benjamin Péret, « La semaine pâle », in Le Grand Jeu, 1928 (éd. Gallimard)

Je rencontrai, dans mes voyages, un vieux bramin, homme fort sage, plein d’esprit et très savant ; de plus, il était riche, et, partant, il en était plus sage encore ; car, ne manquant de rien, il n’avait besoin de tromper personne. Sa famille était très bien gouvernée par trois belles femmes qui s’étudiaient à lui plaire ; et, quand il ne s’amusait pas avec ses femmes, il s’occupait à philosopher.

Près de sa maison, qui était belle, ornée et accompagnée de jardins charmants, demeurait une vieille Indienne, bigote, imbécile et assez pauvre.

Le bramin me dit un jour : « Je voudrais n’être jamais né. » Je lui demandai pourquoi ; il me répondit : « J’étudie depuis quarante ans, ce sont quarante années de perdues ; j’enseigne les autres, et j’ignore tout : cet état porte dans mon âme tant d’humiliation et de dégoût, que la vie m’est insupportable. Je suis né, je vis dans le temps, et je ne sais pas ce que c’est que le temps : je me trouve dans un point entre deux éternités, comme disent nos sages, et je n’ai nulle idée de l’éternité : je suis composé de matière ; je pense, je n’ai jamais pu m’instruire de ce qui produit la pensée : j’ignore si mon entendement est en moi une simple faculté, comme celle de marcher, de digérer, et si je pense avec ma tête comme je prends avec mes mains. Non seulement le principe de ma pensée m’est inconnu, mais le principe de mes mouvements m’est également caché : je ne sais pourquoi j’existe ; cependant on me fait chaque jour des questions sur tous ces points : il faut répondre ; je n’ai rien de bon à dire ; je parle beaucoup, et je demeure confus et honteux de moi-même après avoir parlé.

« C’est bien pis quand on me demande si Brama a été produit par Vitsnou ou s’ils sont tous deux éternels. Dieu m’est témoin que je n’en sais pas un mot, et il y paraît bien à mes réponses. « Ah! mon révérend père, me dit-on, apprenez-nous comment le mal inonde toute la terre. » Je suis aussi en peine que ceux qui me font cette question ; je leur dis quelquefois que tout est le mieux du monde ; mais ceux qui ont été ruinés et mutilés à la guerre n’en croient rien, ni moi non plus : je me retire chez moi accablé de ma curiosité et de mon ignorance. Je lis nos anciens livres, et ils redoublent mes ténèbres. Je parle à mes compagnons : les uns me répondent qu’il faut jouir de la vie et se moquer des hommes ; les autres croient savoir quelque chose, et se perdent dans des idées extravagantes : tout augmente le sentiment douloureux que j’éprouve. Je suis prêt quelquefois de tomber dans le désespoir, quand je songe qu’après toutes mes recherches, je ne sais ni d’où je viens, ni ce que je suis, ni où j’irai, ni ce que je deviendrai. »

L’état de ce bonhomme me fit une vraie peine : personne n’était ni plus raisonnable, ni de meilleure foi que lui. Je conçus que, plus il avait de lumières dans son entendement et de sensibilité dans son coeur, plus il était malheureux.

Je vis, le même jour, la vieille femme qui demeurait dans son voisinage ; je lui demandai si elle avait jamais été affligée de ne savoir pas comment son âme était faite. Elle ne comprit seulement pas ma question : elle n’avait jamais réfléchi un seul moment de sa vie sur un seul des points qui tourmentaient le bramin ; elle croyait aux métamorphoses de Vitsnou de tout son coeur, et, pourvu qu’elle pût avoir quelquefois de l’eau du Gange pour se laver, elle se croyait la plus heureuse des femmes.

Frappé du bonheur de cette pauvre créature, je revins à mon philosophe, et je lui dis : « N’êtes-vous pas honteux d’être malheureux dans le temps qu’à votre porte il y a un vieil automate qui ne pense à rien et qui vit content? — Vous avez raison, me répondit-il ; je me suis dit cent fois que je serais heureux si j’étais aussi sot que ma voisine, et cependant je ne voudrais pas d’un tel bonheur. »

Cette réponse de mon bramin me fit une plus grande impression que tout le reste : je m’examinai moi-même, et je vis qu’en effet je n’aurais pas voulu être heureux à condition d’être imbécile.

Je proposai la chose à des philosophes, et ils furent de mon avis. « Il y a pourtant, disais-je, une furieuse contradiction dans cette manière de penser ; car, enfin, de quoi s’agit-il? d’être heureux. Qu’importe d’avoir de l’esprit ou d’être sot? Il y a bien plus : ceux qui sont contents de leur être sont bien sûrs d’être contents ; ceux qui raisonnent ne sont pas si sûrs de bien raisonner. Il est donc clair, disais-je, qu’il faudrait choisir de n’avoir pas le sens commun, pour peu que ce sens commun contribue à notre mal-être. » Tout le monde fut de mon avis ; et cependant je ne trouvai personne qui voulût accepter le marché de devenir imbécile pour devenir content. De là je conclus que, si nous faisons cas du bonheur, nous faisons encore plus cas de la raison.

Mais, après y avoir réfléchi, il paraît que de préférer la raison à la félicité, c’est être très insensé. Comment donc cette contradiction peut-elle s’expliquer? Comme toutes les autres. Il y a là de quoi parler beaucoup.

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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