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Ma faim, Anne, Anne,
Fuis sur ton âne.

Si j’ai du goût, ce n’est guères*
Que pour la terre et les pierres
Dinn ! dinn ! dinn ! dinn ! je pais l’air,
Le roc, les Terres, le fer.

Tournez, les faims ! paissez, faims,
Le pré des sons !
L’aimable et vibrant venin
Des liserons ;

Les cailloux qu’un pauvre brise,
Les vieilles pierres d’églises,
Les galets, fils des déluges,
Pains couchés aux vallées grises !

Mes faims, c’est les bouts d’air noir ;
L’azur sonneur ;
– C’est l’estomac qui me tire.
C’est le malheur.

Sur terre ont paru les feuilles :
Je vais aux chairs de fruits blettes,
Au sein du sillon je cueille
La doucette et la violette.

Ma faim, Anne, Anne !
Fuis sur ton âne.

***

« guères » : l’orthographe est telle que Rimbaud l’a écrite…

Sots lunatiques, Sots étourdis, Sots sages,
Sots de villes, de châteaux, de villages,
Sots rassotés(1), Sots niais, Sots subtils,
Sots amoureux, Sots privés, Sots sauvages,
Sots vieux, nouveaux et Sots de toutes âges,
Sots barbares, étranges et gentils,
Sots raisonnables, Sots pervers, Sots rétifs(2) ;
Votre prince, sans nulles intervalles,
Le Mardi Gras, jouera ses Jeux aux Halles.

Sottes dames et Sottes damoiselles ,
Sottes vieilles, Sottes jeunes, nouvelles,
Toutes Sottes aimant le masculin,
Sottes hardies, couardes, laides, belles,
Sottes frisques (3), Sottes douces, rebelles ,
Sottes qui veulent avoir leur picotin (4),
Sottes trottantes sur pavé, sur chemin,
Sottes rouges, maigres, grasses et pâles,
Le Mardi Gras jouera le Prince aux Halles.

Sots ivrognes, aimant les bons lopins (5),
Sots qui crachent au matin jacopins (6),
Sots qui aiment jeux, tavernes, ébats ;
Tous Sots jaloux, Sots cardans les patins,
Sots qui chassent nuit et jour aux connins (7) ;
Sots qui aiment à fréquenter le bas,
Sots qui faites aux dames les choux gras (8),
Advenez-y, Sots lavés et Sots sales ;
Le Mardi Gras jouera le Prince aux Halles.

Mère Sotte semont (9)  toutes les Sottes,
N’y faillez pas à y venir, bigotes (10) ;
Car en secret faites de bonnes chères.
Sottes gaies, délicates, mignottes (11),
Sottes douces qui rebrassez (12) vos cottes,
Sottes qui êtes aux hommes familières ,
Sottes nourrices, et Sottes chamberières (13),
Montrer vous faut douces et cordiales (14) ;
Le Mardi Gras jouera le Prince aux Halles.

Fait et donné, buvant vin à pleins pots,
En recordant la naturelle gamme,
Par le Prince des Sots et ses suppôts ;
Ainsi signé d’un pet de prude femme.

 

***

(1) rassoter : rendre sot
(2) rétif : qui refuse l’autorité, qui n’obéit pas
(3) frisque : vif, gai, pimpant
(4) picotin : moyen de subsistance, ration, part de quelque chose
(5) lopin : morceau (plutôt de viande ici)
(6) jacopin : flegme, gros crachats
(7) connin : lapin, se dit aussi des parties intimes féminines (cf. « con »)
(8) faire choux gras : tirer profit
(9) semondre : inviter à une cérémonie publique
(10) bigot : faux dévôt
(11) mignotte : câline
(12) rebrasser : retrousser
(13) chambrière : femme de chambre
(14) Il faut vous montrer douces et cordiales

 

Tableau de Pieter Bruegel l’Ancien, Le Combat de Carnaval et Carême, 1559

Vous êtes-vous jamais demandé comment était né le Père Noël, et d’où venaient les rennes, le traîneau et les lutins qui avaient transformé les très pieux Saint Nicolas en personnage de conte de fées tout ce qu’il y a de plus païen ? Eh bien paraît-il que cela viendrait de ce poème écrit en 1822 par un pasteur new-yorkais.

C’était la nuit de Noël, un peu avant minuit,

A l’heure où tout est calme, même les souris.

On avait pendu nos bas devant la cheminée,

Pour que le Père Noël les trouve dès son arrivée.

Blottis bien au chaud dans leurs petits lits,

Les enfants sages s’étaient déjà endormis.

Maman et moi, dans nos chemises de nuit,

Venions à peine de souffler la bougie,

Quand au dehors, un bruit de clochettes,

Me fit sortir d’un coup de sous ma couette.

Filant comme une flèche vers la fenêtre,

Je scrutais tout là haut le ciel étoilé.

Au dessus de la neige, la lune étincelante,

Illuminait la nuit comme si c’était le jour.

Je n’en crus pas mes yeux quand apparut au loin,

Un traîneau et huit rennes pas plus gros que le poing,

Dirigés par un petit personnage enjoué :

C’était le Père Noël je le savais.

Ses coursiers volaient comme s’ils avaient des ailes.

Et lui chantait, afin de les encourager :

 » Allez Tornade !, Allez Danseur ! Allez , Furie et Fringuant !

En avant Comète et Cupidon ! Allez Eclair et Tonnerre !

Tout droit vers ce porche, tout droit vers ce mur !

Au galop au galop mes amis ! au triple galop ! « 

Pareils aux feuilles mortes, emportées par le vent,

Qui montent vers le ciel pour franchir les obstacles ,

Les coursiers s’envolèrent, jusqu’au dessus de ma tête,

Avec le traîneau, les jouets et même le Père Noël.

Peu après j’entendis résonner sur le toit

Le piétinement fougueux de leurs petits sabots.

Une fois la fenêtre refermée, je me retournais,

Juste quand le Père Noël sortait de la cheminée.

Son habit de fourrure, ses bottes et son bonnet,

Etaient un peu salis par la cendre et la suie.

Jeté sur son épaule, un sac plein de jouets,

Lui donnait l’air d’un bien curieux marchand.

Il avait des joues roses, des fossettes charmantes,
Un nez comme une cerise et des yeux pétillants,

Une petite bouche qui souriait tout le temps,
Et une très grande barbe d’un blanc vraiment immaculé.

De sa pipe allumée coincée entre ses dents,
Montaient en tourbillons des volutes de fumée.

Il avait le visage épanoui, et son ventre tout rond

Sautait quand il riait, comme un petit ballon.

Il était si dodu, si joufflu, cet espiègle lutin,

Que je me mis malgré moi à rire derrière ma main.

Mais d’un clin d’oeil et d’un signe de la tête,

Il me fit comprendre que je ne risquais rien.

Puis sans dire un mot, car il était pressé,

Se hâta de remplir les bas, jusqu’au dernier,

Et me salua d’un doigt posé sur l’aile du nez,

Avant de disparaître dans la cheminée.

Je l’entendis ensuite siffler son bel équipage.

Ensemble ils s’envolèrent comme une plume au vent.

Avant de disparaître le Père Noël cria :
 » Joyeux Noël à tous et à tous une bonne nuit ! »

***

‘Twas the night before Christmas, when all through the house

Not a creature was stirring, not even a mouse;The stockings were hung by the chimney with care,

In hopes that St. Nicholas soon would be there;

The children were nestled all snug in their beds,

While visions of sugar-plums danced in their heads;

And mamma in her ‘kerchief, and I in my cap,

Had just settled down for a long winter’s nap,

When out on the lawn there arose such a clatter,

I sprang from the bed to see what was the matter.

Away to the window I flew like a flash,

Tore open the shutters and threw up the sash,

The moon on the breast of the new-fallen snow

Gave the lustre of mid-day to objects below,

When what to my wondering eyes should appear,

But a miniature sleigh, and eight tiny reindeer,

With a little, old driver so lively and quick,

I knew in a moment it must be St. Nick.

More rapid than eagles his coursers they came,

And he whistled, and shouted, and called them by name;

« Now, Dasher! Now, Dancer! Now, Prancer and Vixen

On, Comet! On, Cupid! On, Donder and Blitzen!

To the top of the porch! To the top of the wall!

Now dash away! Dash away! Dash away all! »

As dry leaves that before the wild hurricane fly,

When they meet with an obstacle, mount to the sky,

So up to the house-top the coursers they flew,

With a sleigh full of toys, and St. Nicholas, too.

And then, in a twinkling, I heard on the roof

The prancing and pawing of each little hoof.

As I drew in my head, and was turning around,

Down the chimney St. Nicholas came with a bound.

He was dressed all in fur, from his head to his foot,

And his clothes were all tarnished with ashes and soot;

A bundle of toys he had flung on his back,

And he looked like a peddler just opening his pack.

His eyes, how they twinkled! His dimples how merry!

His cheeks were like roses, his nose like a cherry!

His droll little mouth was drawn up like a bow,

And the beard on his chin was as white as the snow;

The stump of a pipe he held tight in his teeth,

And the smoke it encircled his head like a wreath;

He had a broad face and a little round belly,

That shook when he laughed like a bowlful of jelly.

He was chubby and plump, a right jolly old elf,

And I laughed when I saw him, in spite of myself;

A wink of his eye and a twist of his head,

Soon gave me to know I had nothing to dread;

He spoke not a word, but went straight to his work,

And filled all the stocking; then turned with a jerk,

And laying his finger aside of his nose,

And giving a nod, up the chimney he rose;

He sprang to his sleigh, to his team gave a whistle,

And away they all flew like the down of a thistle.

But I heard him exclaim, ere he drove out of sight,

Happy christmas to all and to all a good night !

Des portes de la prison,

Des marais, de plus loin que l’Okhta,

Par un chemin non foulé,

Par un pré non fauché,

Malgré la patrouille de nuit,

Aux sons du carillon de Pâques,

Sans invitation,

Sans préparation,

Viens dîner.

***

Anna Akhmatova, in Roseau

Frère Jacques, frère Jacques,
Réveille-toi de ton sommeil d’hiver
Les fins taillis sont déjà verts
Et nous voici au temps de Pâques,
Frère Jacques.

Au coin du bois morne et blêmi
Où ton grand corps s’est endormi
Depuis l’automne,
L’aveugle et vacillant brouillard,
Sur les grand-routes du hasard,
S’est promené, longtemps, par les champs monotones ;
Et les chênes aux rameaux noirs
Tordus de vent farouche
Ont laissé choir,
De soir en soir,
Leur feuillage d’or mort sur les bords de ta couche.

Frère Jacques,
Il a neigé durant des mois
Et sur tes mains, et sur tes doigts
Pleins de gerçures ;
Il a neigé, il a givré,
Sur ton chef pâle et tonsuré
Et dans les plis décolorés
De ta robe de bure.

La torpide saison est comme entrée en toi
Avec son deuil et son effroi,
Et sa bise sournoise et son gel volontaire ;
Et telle est la lourdeur de ton vieux front lassé
Et l’immobilité de tes deux bras croisés,
Qu’on les dirait d’un mort qui repose sous terre.

Frère Jacques,
Hier au matin, malgré le froid,
Deux jonquilles, trois anémones
Ont soulevé leurs pétales roses ou jaunes
Vers toi,
Et la mésange à tête blanche,
Fragile et preste, a sautillé
Sur la branche de cornouiller
Qui vers ton large lit de feuillages mouillés
Se penche.

Et tu dors, et tu dors toujours,
Au coin du bois profond et sourd,
Bien que s’en viennent les abeilles
Bourdonner jusqu’au soir à tes closes oreilles
Et que l’on voie en tourbillons
Rôder sur ta barbe rigide
Un couple clair et rapide
De papillons.

Pourtant, voici qu’à travers ton somme
Tu as surpris, dès l’aube, s’en aller
Le cortège bariolé
Des cent cloches qui vont à Rome ;
Et, leurs clochers restant
Muets et hésitants
Durant ces trois longs jours et d’angoisse et d’absence,
Tu t’éveilles en écoutant
Régner de l’un à l’autre bout des champs
Le silence.

Et secouant alors
De ton pesant manteau que les ronces festonnent
Les glaçons de l’hiver et les brumes d’automne,
Frère Jacques, tu sonnes
D’un bras si rude et fort
Que tout se hâte aux prés et s’enfièvre aux collines
A l’appel clair de tes matines.

Et du bout d’un verger le coucou te répond ;
Et l’insecte reluit de broussaille en broussaille ;
Et les sèves sous terre immensément tressaillent ;
Et les frondaisons d’or se propagent et font
Que leur ombre s’incline aux vieux murs des chaumières ;
Et le travail surgit innombrable et puissant ;
Et le vent semble fait de mouvante lumière
Pour frôler le bouton d’une rose trémière
Et le front hérissé d’un pâle épi naissant.

Frère Jacques, frère Jacques
Combien la vie entière a confiance en toi ;
Et comme l’oiseau chante au faîte de mon toit ;
Frère Jacques, frère Jacques,
Rude et vaillant carillonneur de Pâques.

Un poisson d’avril
Est venu me raconter
Qu’on lui avait pris
Sa jolie corde à sauter

C’était un cheval
Qui l’emportait sur son cœur
Le long du canal
Où valsaient les remorqueurs

Et alors un serpent
S’est offert comme remplaçant
Le poisson très content
Est parti à travers champs

Il saute si haut
Qu’il s’est envolé dans l’air
Il saute si haut
Qu’il est retombé dans l’eau.

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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