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La vie de la première communauté chrétienne après la mort de Jésus, d’après les Actes des Apôtres (2, 44 à 2, 47 et 4, 32 à 5, 11) : ou comment les apôtres, au départ gentils hippies inoffensifs, sont devenus de véritables gourous communistes qui ne rigolaient pas avec ceux qui ne voulaient pas partager leurs biens.

2, 44 Or, tous ceux qui croyaient étaient dans un même lieu, et avaient toutes choses communes ;

45 Ils vendaient leurs possessions et leurs biens, et les distribuaient à tous, selon le besoin que chacun en avait.

46 Et ils étaient tous les jours assidus au temple d’un commun accord ; et rompant le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur nourriture avec joie et simplicité de coeur ;

47 Louant Dieu, et étant agréables à tout le peuple ; et le Seigneur ajoutait tous les jours à l’Église des gens qui étaient sauvés.

[…]

4, 32 Or, la multitude de ceux qui avaient cru n’était qu’un cœur et qu’une âme ; et personne ne disait que rien de ce qu’il possédait fût à lui ; mais toutes choses étaient communes entre eux.

33 Et les apôtres rendaient témoignage, avec beaucoup de force, de la résurrection du Seigneur Jésus ; et une grande grâce était sur eux tous.

34 Car il n’y avait aucun indigent parmi eux ; parce que tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons, les vendaient, et apportaient le prix de ce qu’ils avaient vendu.

35 Ils le mettaient aux pieds des apôtres ; et on le distribuait à chacun selon qu’il en avait besoin.

36 Ainsi Joses, surnommé par les apôtres Barnabas, c’est-à-dire, fils de consolation, Lévite et originaire de Cypre,

37 Ayant un champ, le vendit, et en apporta le prix, et le mit aux pieds des apôtres.

 5, 1 Or, un homme, nommé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une possession ;

2 Et il retint une part du prix, de concert avec sa femme, et il en apporta le reste, et le mit aux pieds des apôtres.

3 Mais Pierre lui dit : Ananias, pourquoi Satan s’est-il emparé de ton coeur, que tu aies menti au Saint-Esprit, et détourné une part du prix de la terre ?

4 Si tu l’eusses gardée, ne te demeurait-elle pas ? et l’ayant vendue, son prix n’était-il pas en ton pouvoir ? Comment as-tu résolu cette action dans ton coeur ? Ce n’est pas aux hommes que tu as menti, mais à Dieu.

5 Ananias, à l’entendue de ces paroles, tomba, et rendit l’esprit ; ce qui causa une grande crainte à tous ceux qui en entendirent parler.

6 Et les jeunes gens s’étant levés, le prirent, l’emportèrent, et l’ensevelirent.

7 Environ trois heures après, sa femme, ne sachant rien de ce qui était arrivé, entra.

8 Et Pierre prenant la parole, lui dit : Dis-moi, avez-vous vendu tant le fonds de terre ? Et elle dit : Oui, autant.

9 Alors Pierre lui dit : Pourquoi vous êtes-vous accordés pour tenter l’Esprit du Seigneur ? Voilà ceux qui ont enseveli ton mari sont à la porte, et ils t’emporteront.

10 Au même instant elle tomba à ses pieds, et expira. Et les jeunes gens, étant entrés, la trouvèrent morte, et l’ayant emportée, ils l’ensevelirent auprès de son mari.

11 Cela donna une grande crainte à toute l’Église, et à tous ceux qui en entendirent parler.

  C’est ainsi que l’on nomme les protestants français que la révocation de l’Edit de Nantes a forcés de sortir de France, et de chercher un asile dans les pays étrangers, afin de se soustraire aux persécutions qu’un zèle aveugle et inconsidéré leur faisait éprouver dans leur patrie. Depuis ce temps, la France s’est vue privée d’un grand nombre de citoyens qui ont porté à ses ennemis des arts, des talents et des ressources dont ils ont souvent usé contre elle. Il n’est point de bon Français qui ne gémisse depuis longtemps de la plaie profonde causée au royaume par la perte de tant de sujets utiles. Cependant, à la honte de notre siècle, il s’est trouvé de nos jours des hommes assez aveugles ou assez impudents pour justifier aux yeux de la politique et de la raison la plus funeste démarche qu’ait jamais pu entreprendre le conseil d’un souverain. Louis XIV, en persécutant les protestants, a privé son royaume de près d’un million d’hommes industrieux qu’il a sacrifiés aux vues intéressées et ambitieuses de quelques mauvais citoyens qui sont les ennemis de toute liberté de penser, parce qu’ils ne peuvent régner qu’à l’ombre de l’ignorance. L’esprit persécuteur devrait être réprimé par tout gouvernement éclairé: si l’on punissait les perturbateurs qui veulent sans cesse troubler les consciences de leurs concitoyens lorsqu’ils différent dans leurs opinions, on verrait toutes les sectes vivre dans une parfaite harmonie et fournir à l’envi des citoyens utiles à la patrie et fidèles à leur prince.
Quelle idée prendre de l’humanité et de la religion des partisans de l’intolérance? Ceux qui croient que la violence peut ébranler la foi des autres donnent une opinion bien méprisable de leurs sentiments et de leur propre constance.

***

Encyclopédie, « Réfugiés », auteur anonyme, 1772

Notre Père qui êtes au cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l’Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuileries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Eparpillées
Emerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
Et qui n’osent se l’avouer
Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Avec leurs tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

Le monde, une fois pour toutes, est comme il est, et les choses ne se déroulent pas selon notre volonté, mais selon la volonté des autres. Cette histoire de « jugement de Dieu », que d’aucuns invoquent avec une assurance grandiloquente, est, à l’évidence, une absurdité, rien de tout cela ; à l’inverse, c’est notre culte de l’honneur qui est une idolâtrie, mais nous devons nous y soumettre aussi longtemps que cette idole est vénérée.

***

Fontane, Effi Briest, 1894, chap. XXVII
Illustration : Anna Schygulla, dans l’adaptation cinématographique de Fassbinder, 1974

Now I’ve heard there was a secret chord
That David played, and it pleased the Lord
But you don’t really care for music, do you?
It goes like this
The fourth, the fifth
The minor fall, the major lift
The baffled king composing Hallelujah

Your faith was strong but you needed proof
You saw her bathing on the roof
Her beauty and the moonlight overthrew you
She tied you
To a kitchen chair
She broke your throne, and she cut your hair
And from your lips she drew the Hallelujah

Baby I have been here before
I know this room, I’ve walked this floor
I used to live alone before I knew you.
I’ve seen your flag on the marble arch
Love is not a victory march
It’s a cold and it’s a broken Hallelujah

There was a time you let me know
What’s really going on below
But now you never show it to me, do you?
And remember when I moved in you
The holy dove was moving too
And every breath we drew was Hallelujah

You say I took the name in vain
I don’t even know the name
But if I did, well really, what’s it to you?
There’s a blaze of light
In every word
It doesn’t matter which you heard
The holy or the broken Hallelujah

I did my best, it wasn’t much
I couldn’t feel, so I tried to touch
I’ve told the truth, I didn’t come to fool you
And even though
It all went wrong
I’ll stand before the Lord of Song
With nothing on my tongue but Hallelujah

***

J’ai entendu parler d’un accord secret
Que David jouait pour charmer le Seigneur,
Mais tu ne t’intéresses pas vraiment à la musique, n’est-ce pas ?
Cette chanson se joue ainsi :
La quarte, la quinte,
La tierce mineure diminuée, et la majeure augmentée,
Et voici le roi déchu qui compose  son Hallelujah.

Ta foi était grande, mais tu cherchais une preuve
Tu la vis se baigner sur le toit
Sa beauté et le clair de lune te bouleversèrent
Elle t’attacha
Dans la cuisine, sur une chaise
Elle renversa ton trône, elle coupa tes cheveux
Et de tes lèvres elle fit naître le Hallelujah

Mon amour, je suis déjà venu ici
Je connais cette chambre, j’ai marché sur ce sol
Je vivais seul avant de te rencontrer
J’ai vu ton drapeau sur l’arche de marbre
L’amour n’est pas une marche de victoire
C’est un Hallelujah froid et brisé

A une époque, tu me faisais savoir
Ce qui se passait vraiment ici bas
Mais à présent, tu ne le fais plus, n’est-ce pas ?
Et souviens-toi du temps où j’évoluais en ton sein
Avec la sainte colombe
Tandis que chacun de nos souffles était un Hallelujah

Tu dis que j’ai employé le Nom en vain
Mais je ne connais même pas le Nom
Et si je le savais, pour tout dire, qu’est-ce que ça te ferait ?
Un incendie de lumière
Habite chaque mot
Et peu importe que tu y aies entendu
Le saint Hallelujah ou celui qui a été brisé

J’ai fait de mon mieux, ce n’était pas grand chose
Incapable de sentir, j’ai tenté d’atteindre
J’ai dit la vérité, sans vouloir te tromper
Et même
Si tout a mal tourné
Je me tiendrai debout devant le le Seigneur du Chant
Et je n’aurai sur le bout de la langue qu’un Hallelujah

***

Leonard Cohen – Hallelujah, album Various Positions, 1984 – traduction maison (j’ai fait de mon mieux, c’est pas toujours terrible, mais mieux que les traductions mot à mot qu’on trouve ailleurs non ? en tout cas j’accepte les reproches et les propositions). Je ne peux résister à ajouter en bonus la superbe version de Jeff Buckley, dont les paroles sont cependant différentes à la fin :

Jean Paul est un romantique allemand entre autres connu pour ses récits de rêves. Dans celui-là, le narrateur se retrouve au milieu d’un cimetière, la nuit, à l’heure où « les morts se lèvent dans les églises et parodient les services divins qu’y célèbrent les vivants ». Je précise quand même que Jean Paul est tout sauf un auteur athée… Ce texte est supposé fiche la trouille aux sceptiques, et prouver que sans Dieu, le monde basculerait dans le néant.

Alors descendit d’en haut sur l’autel une figure noble, élevée, pleine d’une impérissable douleur ; et tous les morts s’écrièrent : Christ, n’y a-t-il point de Dieu ? Il répondit : Il n’y en a pas.

Toutes les ombres de ces morts se prirent à trembler, et ce n’était pas seulement leur poitrine qui palpitait, c’était elles tout entières ; et elles commencèrent l’une après l’autre à se dissoudre de terreur.

Le Christ continua : J’ai parcouru les mondes, je suis monté dans les soleils, j’ai traversé les déserts lactés du ciel : mais il n’y a point de Dieu. Je suis descendu aussi bas, aussi loin que l’existence peut jeter son ombre ; j’ai regardé dans l’abîme, et je me suis écrié : Père, où es-tu ? Mais je n’ai entendu que l’éternel orage que personne ne gouverne, et un arc-en-ciel étrange, qui ne devait point sa naissance au soleil, se courbait sur l’abîme et y dégouttait en pluie. Dans ce monde incommensurable, je cherchais l’œil de Dieu, et je n’ai vu qu’un orbite vide, noir, sans corps. L’éternité reposait sur le chaos, et le rongeait, et se dévorait elle-même. Criez, discordantes tempêtes ; ombres, criez ; car Il n’est pas.

Les ombres décolorées s’évanouirent, comme ces vapeurs blanchâtres, condensées par le froid, disparaissent sous une tiède haleine, et tout fut vide. Alors, spectacle affreux pour le cœur ! alors accoururent dans le temple les enfants morts qui s’étaient éveillés dans le cimetière ; et ils se prosternèrent devant la figure majestueuse, qui était sur l’autel et ils dirent : Jésus, n’avons-nous pas de père ? et il répondit avec des flots de larmes : Nous sommes tous orphelins, vous et moi ; nous n’avons pas de père.

Alors des vents plus aigus sifflèrent : les murailles ébranlées du temple se poussèrent l’une sur l’autre ; le temple s’écroula sur les enfants ; la terre et le soleil s’engloutirent, et tout l’édifice du monde s’abîma devant moi dans son immensité.

***

Jean Paul (1763-1825), in Choix de rêves, éd° Corti.

gravure : Albrecht Dürer, La Chute des étoiles, 1497

Seigneur, est-ce donc vrai qu’en ces mois vous pêchez,
Sous les lunes de mai, les morts de la rizière,
Que leurs yeux sans regards et leurs cheveux noyés
servent la juste guerre?

Dans un calme jardin, nous voici donc assis,
et c’est le temps si beau de la fleur et de l’arbre.
On célèbre un tombeau d’où vous êtes parti.
Pâques fait son théâtre.
Faut-il tout pardonner pour un dieu qu’on nous donne?
Sur les cités d’Asie et sur l’enfant brûlé,
au Mont des Oliviers, en votre temps de l’homme,
n’avez-vous pas pleuré?

Sous l’eau j’ai vu glisser la fille aux jeunes seins
si longue dans sa mort! j’ai vu courir les mères
avec leur bouche ouverte qui ne criait plus rien.
Qu’en pense votre mère?

Le mot de paradis en cette nuit fait honte.
Des arbres à pendus dressent d’autres vergers.
Allons-nous oublier tout le malheur du monde
pour l’odeur d’un pommier?

Heureux qui a pu connaître les raisons des choses,

qui a foulé aux pieds toutes les craintes, la croyance en un destin inexorable

et tout le bruit fait autour de l’avare Achéron !

***

Felix qui potuit rerum cognoscere causas,

Atque metus omnes, et inexorabile fatum

Subjecit pedibus, strepitumque Acherontis avari !

***

Virgile, Géorgiques, II, v. 490 – traduction de H. Goelzer

Tableau : William-Adolphe Bouguereau, Dante et Virgile visitent l’Enfer, 1850

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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