Je commence à en avoir marre
Qu’on me parle de tous ces gens qui réussissent
Qui s’enrichissent, qui montent, qui montent
Qui prospèrent dans tous les domaines
J’en ai marre qu’on ait tant d’admiration
Pour les habiles, les têtes vides et les cœurs faux.
Et j’en ai marre surtout qu’on me les donne en exemple
Et me les assène comme d’une leçon.

A cinquante ans je suis jeune
Ce que voyant vous prenez de droit
De me traiter en gamin
Mais ce petit garçon en sait plus que vous
Mais cet idiot vous regarde avec pitié
Mais cet homme d’aplomb a du moins la pureté de vous épargner son mépris
Mais ce fou a des pudeurs que vous n’avez pas.
Honte à vous, adulateurs béats des riches
Honte à vous, applaudisseurs des tapageurs
Et je hais autant l’anarchiste étriqué qui s’offusque du mot Dieu
Et supprime la majuscule de ce mot
Que le vertueux crétin qui a peur de boire un bon coup
Parce qu’il veut vivre très vieux, n’est-ce-pas
et opprimer les autres longtemps.

Allez, traduisez-moi ça en patagon
Moldovaque ou même urdu
Puisque je parle en clair
Et que ce que je dis est trop net, trop nu
Trop simple et clair.

retournez à vos alphabets cochons
A vos morses dégueulasses
A vos chiffrages émasculés
A vos abstractions sublimées
A vos « langages « enfin.
Quant à moi je ne suis sûrement pas assez artiste
Pour me laisser séduire par l’envie
Ou l’esprit de compétition.

En vérité, j’aime l’ivrogne qui roule dans le fossé
Vous savez, ce superbe poivrot des champs
Je l’aurai assez dit: C’est un état comme un autre
Aussi digne et valeureux que celui de prêtre ou d’éditeur
Mais je crois qu’il vaut mieux être saoul.
Et quand j’ai le plaisir de rencontrer un vrai roi
Un pur grand homme, un salopard de race
Je retrouve mon coeur, ma vie abolie
La réalité criante de toute cette lumière
Qu’on aveugle, qu’on ravala au rang de contes
Et que si cruellement
On désapprit aux enfants même.

Quel succès! Quelle hygiène! Quelle réussite!
Mais je ris de vos réformes
Comme je me gausse de vos révoltes
De tout cet inessentiel
Dont vous vous réclamez, imbecillistes!

De ma mort (cette sorte d’allocation au céleste à mon espèce impressionnée)
De ma mort, je regarde votre vie
Et je me préfère où je suis.
Je suis en toute meilleure santé que vous.
De la fenêtre de ma mort
Je regarde l’obturation de votre vie
Comme la légende superbe contemple une piteuse vérité
Bouffée aux mythes (je dis bien)
Et moutonne deux fois (je dis bien).

Je deviens même philosophe
Et tissailleur de certaines théories
A force de sentir sourdre la vie.
Je sens la possible révolution
Sans arrachement, sans pollution
Sans désordres, sans éducations
Sans décrets, sans constitutions!

Mais voilà: elle vous passe et vous trépasse sous le nez
A cause de l’avidité et de l’accaparement
Et de l’adoration des principes !
Aussi je murmure sur le chapelet de tous mes os
Et le bréviaire de tout mon être
Et les cailloux de toutes mes déroutes
Et les clous vains de tous mes exorcismes:

Dieu, il n’est pas avec ceux qui réussissent!

***

Pépite trouvée chez Racbouni

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