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Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.

Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.

Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?

Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.

Le soleil se lève, le soleil se couche ; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau.

Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord ; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.

Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie ; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent.

Toutes choses sont en travail au delà de ce qu’on peut dire ; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.

Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

S’il est une chose dont on dise : Vois ceci, c’est nouveau ! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés.

On ne se souvient pas de ce qui est ancien ; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.

Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem.

J’ai appliqué mon coeur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux : c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme.

J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil ; et voici, tout est vanité et poursuite du vent.

Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.

J’ai dit en mon coeur : Voici, j’ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon coeur a vu beaucoup de sagesse et de science.

J’ai appliqué mon coeur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie ; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent.

Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.

***

Tableau : Holbein, Les ambassadeurs, 1533

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C’est la petite misère
avec tes yeux gris
avec ton blouson vert
comme un chat dans la nuit
Va pas t’tailler les veines
Va pas couler avec la Seine

C’est la petite misère
Va pas t’foutre en l’air
sur la ligne aérienne
Un ticket de métro
c’est quand même pas Cayenne
T’en ferais pas un peu trop

C’est la petite misère
Ne plus te voir ce soir
Dormir dans nos caravanes
dans la ville d’en bas
on attend notre tour
pour un autre départ

Nous sommes faits d’atomes
et d’électricité
Le cœur marche et puis il s’arrête
Nous sommes faits d’atomes
Un somme nous arrête

C’est la petite misère
Que tu me prends la tête
Trois Pater, deux Ave
une enfant dépravée
Tous les gens vont au lit
Des rêves flingués dans la tête

C’est la petite misère
Un peu plus bas que terre
Prisonniers de nos clés
de nos corps déréglés
c’est la petite misère
Quand tu t’en vas bien trop loin

C’est la petite misère
mais c’est bien toi que j’aime
Ne te moque pas
Ne prends pas ces grands airs
c’est la porte à coté
celle du cimetière

Nous sommes faits d’atomes
et d’électricité
et le cœur marche et puis il s’arrête
Nous sommes faits d’atomes
Personne nous arrête
La vie est bien trop courte
pour que l’on regrette

C’est la petite misère
C’est vraiment pas de veine
avec ta dégaine
Sur la ligne aérienne
ta gueule de second rôle
C’est quand même pas la taule

C’est la petite misère
Je peux conduire comme James Dean
les yeux fermés sous la pluie
dans le désert de Paris
dans le désert de Paris

***
Raphael Haroche, Pacific 231, 2010

Déjà les beaux jours, la poussière,
Un ciel d’azur et de lumière,
Les murs enflammés, les longs soirs ;
Et rien de vert : à peine encore
Un reflet rougeâtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m’ennuie.
Ce n’est qu’après des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraîche éclose
Qui, souriante, sort de l’eau.

***

Gérard de Nerval (1808-1855) (« Odelettes« )

Tableau : Monet, Nymphéas, 1908

vous ne les verrez pas souvent
car où est la foule
ils
ne sont pas. 

ces gens bizarres, pas
nombreux
mais d’eux
proviennent
les rares
bons tableaux
les rares
bonnes symphonies
les rares
bons livres
et autres
œuvres.

et des
meilleurs des
étranges
peut-être
rien.

ils sont
leurs propres
tableaux
leurs propres
livres
leur propre
musique
leur propre
œuvre.

parfois je crois
les voir
eux – disons
un certain vieil
homme
assis sur un
certain banc
d’une certaine
façon

ou
un visage entrevu
croisé
dans une
automobile
qui passe

ou
un certain geste
des mains
d’un garçon ou d’une
fille
qui emballe les provisions
à la caisse d’un
supermarché.

parfois
c’est même quelqu’un
avec qui
on vit
depuis un certain
temps –
on remarque
un
regard
vif comme l’éclair
qu’on ne leur a
jamais vu
avant.

parfois
on ne remarque
leur
existence
que soudain
dans un
vif
souvenir
quelques mois
quelques années
après leur
départ.

je me rappelle
un cas
semblable-
il avait dans les
20 ans
soûl à
10 heures du matin
se regardait dans
une glace
fêlée
de La Nouvelle-Orléans

visage rêveur
contre les
murs du
monde


suis-je
allé?

you wont see them often
for wherever the crowds are
they
are not. 

these odd ones, not
many
but from them
come
the few
good paintings
the few
good symphonies
the few
good books
and other
works.

and from the
best of the
strange ones
perhaps
nothing.

they are
their own
paintings
their own
books
their own
music
their own
work.

sometimes i think
i see
them- say
a certain old
man
sitting on a
certain bench
in a certain
way

or
a quick face
going the other
way
in a passing
automobile

or
there’s a certain motion
of the hands
of a bag-boy or a bag-
girl
while packing
supermarket
groceries.

sometimes
it is even somebody
you have been
living with
for some
time-
you will notice
a
lightning quick
glance
never seen
from them
before.

sometimes
you will only note
their
existence
suddenly
in
vivid
recall
some months
some years
after they are
gone.

i remember
such a
one-
he was about
20 years old
drunk at
10 a.m.
staring into
a cracked
new orleans
mirror

face dreaming
against the
walls of
the world

where
did i
go?

Ceux qui dussent parler sont muts :
Les loyaux sont pour sots tenus ;
Je n’en vois nuls
Qui de bonté tiennent plus compte,
Vertus vont jus, péchés haut montent :
Ce vous est honte,
Seigneurs grands, moyens et menus.

Flatteurs sont grands gens devenus
Et à hauts états parvenus,
Entretenus,
Tant qu’il n’est rien qui les surmontent.
Ceux qui dussent parler sont muts.

Nous naquîmes pauvres et nus.
Les biens nous sont de Dieu venus,
Nos cas connus.
Lui sont pour vrai, je vous le conte ;
Pape, empereur, roi, duc ou comte
Tout se mécompte
Quand les bons ne sont soutenus,
Ceux qui dussent parler sont muts.

Vraiment pas gai, ce texte d’Abd Al Malik, mais c’est un de mes préférés, et il est très bien interprété. J’aime énormément le moment où l’on comprend qui parle à l’enfant et où la boucle se boucle (dans la 4e strophe, puis dans la dernière).

 

Circule Petit
circule parc’que sinon tu resteras petit même quand tu s’ras grand
Petit tu sais
on s’est tellement affirmé en disant Nan
infirmé dans la négation
qu’c’est notre monde tout entier qu’est devenu prison
même qu’on n’y avait jamais été
même qu’on n’y avait jamais été en prison
c’est pas la rue en elle-même
c’est pas juste la cité HLM
c’est la perception qu’on a d’nous-mêmes
à travers elle
c’est la perception qu’on a d’nous-mêmes
au travers d’elle

 

Circule Petit
circule parc’qu’on risque de t’écraser si on t’voit pas
Petit tu sais
beaucoup sont morts parc’qu’ils étaient pas en accord avec eux-mêmes
parc’qu’ils voulaient juste être raccords avec le décor
parc’qu’on supporte pas d’pas faire corps avec le reste
avec le reste on s’sent être, on s’sent plus fier
c’est pas la rue en elle-même
c’est pas juste la cité HLM
c’est la perception qu’on a d’nous-mêmes
à travers elle
c’est la perception qu’on a d’nous-mêmes
au travers d’elle

 

Circule Petit
circule parc’que ces traîtres
parc’qu’ils t’diront tous qu’ils t’aiment
Petit tu sais
jusqu’à c’qu’ils t’envient pour une raison ou une autre
alors ils diront qu’ils t’ont vu faire
ou diront alors qu’il s’agissait d’un autre
ou qu’il s’agissait de rien
Mais c’est rien justement qu’ils veulent que tu deviennes
rien
alors comment te dire alors faut chérir ceux et celles dont les yeux te disent qu’ils t’seront toujours fidèles
c’est pas la rue en elle-même
c’est pas juste la cité HLM
c’est la conception qu’on a d’nous-mêmes
à travers elle
c’est la perception qu’on a d’nous-mêmes
au travers d’elle

 

Circule Petit
circule parc’qu’on n’est pas éternels
parc’qu’rester immobiles c’est la mort certaine
Petit tu sais
j’ai pas toujours été là
j’ai pas toujours bu comme ça
j’ai pas toujours été ivre mort comme ça
allongé à même le sol comme ça
j’ai été le même que toi et y’avait le même que moi
sauf qu’au lieu d’une bouteille il tenait une seringue et du sang lui coulait du bras
c’est pas la rue en elle-même
c’est pas juste la cité HLM
c’est la perception qu’on a d’nous-mêmes
à travers elle
c’est la perception qu’on a d’nous-mêmes
au travers d’elle

 

Circule Petit
circule parc’que sinon tu resteras petit même quand tu s’ras grand
Petit tu sais
on s’est tellement affirmé en disant Nan
infirmé dans la négation
qu’c’est notre monde tout entier qu’est devenu prison
Circule Petit
circule
Circule Petit
circule
Y’a rien à voir

 

A Edith

Les mères vous font en saignant
Et vous tiennent toute la vie
Par un ruban de chair à vif
On est élevé dans des cages
On vit en mâchant des morceaux
De seins arrachés en saignant
Qu’on accroche au bord des berceaux
On a du sang sur tout le corps
Et comme on n’aime pas le voir
On fait couler celui des autres
Un jour, il n’y en aura plus
On sera libres.

Photo : La Vie en Rouge, Sabina Shikhlinskaya

J’aime à voir de beautés la branche déchargée,
À fouler le feuillage étendu par l’effort
D’automne, sans espoir leur couleur orangée
Me donne pour plaisir l’image de la mort.

 

 

Ce sonnet parle de Clairac, la ville natale du poète, qui a été dévastée au début du XVIIe, à la reprise des guerres de religion du siècle précédent.

Sacrés murs du Soleil où j’adorais Philis,
Doux séjour où mon âme était jadis charmée,
Qui n’est plus aujourd’hui sous nos toits démolis
Que le sanglant butin d’une orgueilleuse armée;

Ornements de l’autel qui n’êtes que fumée,
Grand temple ruiné, mystères abolis,
Effroyables objets d’une ville allumée,
Palais, hommes, chevaux ensemble ensevelis;

Fossés larges et creux tout comblés de murailles,
Spectacles de frayeur, de cris, de funérailles,
Fleuve par où le sang ne cesse de courir,

Charniers où les corbeaux et loups vont tous repaître,
Clairac, pour une fois que vous m’avez fait naître,
Hélas! combien de fois me faites-vous mourir!

Plus penser que dire
Me convient souvent,
Sans montrer comment
N’ à quoi mon cœur tire.

Feignant de sourire
Quand suis très dolent,
Plus penser que dire
Me convient souvent.

En toussant soupire
Pour secrètement
Musser mon tourment.
C’est privé martyre,
Plus penser que dire.

***

Musser : cacher
Dolent : très souffrant, très malheureux

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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