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Sots lunatiques, Sots étourdis, Sots sages,
Sots de villes, de châteaux, de villages,
Sots rassotés(1), Sots niais, Sots subtils,
Sots amoureux, Sots privés, Sots sauvages,
Sots vieux, nouveaux et Sots de toutes âges,
Sots barbares, étranges et gentils,
Sots raisonnables, Sots pervers, Sots rétifs(2) ;
Votre prince, sans nulles intervalles,
Le Mardi Gras, jouera ses Jeux aux Halles.

Sottes dames et Sottes damoiselles ,
Sottes vieilles, Sottes jeunes, nouvelles,
Toutes Sottes aimant le masculin,
Sottes hardies, couardes, laides, belles,
Sottes frisques (3), Sottes douces, rebelles ,
Sottes qui veulent avoir leur picotin (4),
Sottes trottantes sur pavé, sur chemin,
Sottes rouges, maigres, grasses et pâles,
Le Mardi Gras jouera le Prince aux Halles.

Sots ivrognes, aimant les bons lopins (5),
Sots qui crachent au matin jacopins (6),
Sots qui aiment jeux, tavernes, ébats ;
Tous Sots jaloux, Sots cardans les patins,
Sots qui chassent nuit et jour aux connins (7) ;
Sots qui aiment à fréquenter le bas,
Sots qui faites aux dames les choux gras (8),
Advenez-y, Sots lavés et Sots sales ;
Le Mardi Gras jouera le Prince aux Halles.

Mère Sotte semont (9)  toutes les Sottes,
N’y faillez pas à y venir, bigotes (10) ;
Car en secret faites de bonnes chères.
Sottes gaies, délicates, mignottes (11),
Sottes douces qui rebrassez (12) vos cottes,
Sottes qui êtes aux hommes familières ,
Sottes nourrices, et Sottes chamberières (13),
Montrer vous faut douces et cordiales (14) ;
Le Mardi Gras jouera le Prince aux Halles.

Fait et donné, buvant vin à pleins pots,
En recordant la naturelle gamme,
Par le Prince des Sots et ses suppôts ;
Ainsi signé d’un pet de prude femme.

 

***

(1) rassoter : rendre sot
(2) rétif : qui refuse l’autorité, qui n’obéit pas
(3) frisque : vif, gai, pimpant
(4) picotin : moyen de subsistance, ration, part de quelque chose
(5) lopin : morceau (plutôt de viande ici)
(6) jacopin : flegme, gros crachats
(7) connin : lapin, se dit aussi des parties intimes féminines (cf. « con »)
(8) faire choux gras : tirer profit
(9) semondre : inviter à une cérémonie publique
(10) bigot : faux dévôt
(11) mignotte : câline
(12) rebrasser : retrousser
(13) chambrière : femme de chambre
(14) Il faut vous montrer douces et cordiales

 

Tableau de Pieter Bruegel l’Ancien, Le Combat de Carnaval et Carême, 1559

Même
lorsque mon père se mourait
je pétais

***

Illustration : Hiroshige, Pruniers en fleurs, 1857

La présomption est notre maladie naturelle et originelle. La plus calamiteuse et fragile de toutes les créatures c’est l’homme, et quant et quant, la plus orgueilleuse. Elle se sent et se voit logée ici parmi la bourbe et la fiente du monde, attachée et clouée à la pire, plus morte et croupie partie de l’univers, au dernier étage du logis, et le plus éloigné de la voûte céleste, avec les animaux de la pire condition des trois : et se va plantant par imagination au dessus du cercle de la Lune, et ramenant le ciel sous ses pieds. C’est par la vanité de cette même imagination qu’il s’égale à Dieu, qu’il s’attribue les conditions divines, qu’il se trie soi-même et sépare de la presse des autres créatures, taille les parts aux animaux ses confrères et compagnons, et leur distribue telle portion de facultés et de forces que bon lui semble. Comment cognait-il par l’effort de son intelligence, les branles internes et secrets des animaux ? Par quelle comparaison d’eux à nous conclut-il la bêtise qu’il leur attribue ?

Quand je me joue à ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne fais d’elle ? Nous nous entretenons de singeries réciproques. Si j’ai mon heure de commencer ou de refuser, aussi à elle la sienne. Platon en sa peinture de l’âge doré sous Saturne, compte entre les principaux avantages de l’homme de lors, la communication qu’il avait avec les bêtes, desquelles s’enquérant et s’instruisant, il savait les vraies qualités et différences de chacune d’icelles : par où il acquérait une très parfaite intelligence et prudence ; et en conduisait de bien loin plus heureusement sa vie que nous ne saurions faire. Nous faut-il meilleure preuve à juger l’impudence humaine sur le fait des bêtes ? Ce grand auteur a opiné qu’en la plus part de la forme corporelle, que nature leur a donnée, elle a regardé seulement l’usage des pronostications, qu’on en tirait en son temps.

J’aime à voir de beautés la branche déchargée,
À fouler le feuillage étendu par l’effort
D’automne, sans espoir leur couleur orangée
Me donne pour plaisir l’image de la mort.

 

 

[Gargantua] visita la ville [de Paris], et fut veu de tout le monde en grande admiration, car le peuple de Paris est tant sot, tant badault et tant inepte de nature, qu’un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avecques ses cymbales, un vielleuz au mylieu d’un carrefour, assemblera plus de gens que ne feroit un bon prescheur evangelicque .
Et tant molestement le poursuyvirent qu’il feut contrainct soy reposer suz les tours de l’eglise Nostre Dame. Auquel lieu estant, et voyant tant de gens à l’entour de soy, dist clerement :
« Je croy que ces marroufles voulent que je leurs paye icy ma bien venue et mon proficiat. C’est raison. Je leur voys donner le vin, mais ce ne sera que par rys. »
Lors, en soubriant, destacha sa belle braguette, et, tirant sa mentule en l’air, les compissa si aigrement qu’il en noya deux cens soixante mille quatre cens dix et huyt, sans les femmes et petiz enfans.
Quelque nombre d’iceulx evada ce pissefort à legiereté des pieds, et, quand furent au plus hault de l’Université, suans, toussans, crachans et hors d’halene, commencerent à renier et jurer, les ungs en cholere, les aultres par rys : « Je renie bieu, Frandiene, voy tu ben, la mer Dé, po cab de bious, das dich gots leyden schend, Ja martre schend, ventre saint Quenet, vertus guoy, par saint Fiacre de Brye, saint Treignant, je fais voeu à saint Thibaud, Pasques dieu, le bon jour dieu, le diable m’emporte, Carymary, carymara, par saint Andouille, par saint Guodegrin qui fut martyrisé de pommes cuites, par saint Foutin l’apôtre, Nê, Diâ, Mà Diâ, par sainte Mamye, nous son baignez par rys ! » Dont fut depuis la ville nommée Paris, laquelle auparavant on appelloit Leucece, comme dict Strabo, lib. iiij , c’est à dire, en grec, Blanchette, pour les blanches cuisses des dames dudict lieu.

***

Rabelais, Gargantua, 1534, ch. XVI

Je vis, je meurs; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint lourd tourment j’endure ;
Mon bien s’en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

***

Louise Labé, Sonnets, 1555

En m’ébattant je fais rondeaux en rime,
Et en rimant bien souvent, je m’enrime ;
Bref, c’est pitié d’entre nous rimailleurs,
Car vous trouvez assez de rime ailleurs,
Et quand vous plait, mieux que moi rimassez,
Des biens avez et de la rime assez :
Mais moi, à tout ma rime et ma rimaille,
Je ne soutiens, dont je suis marri, maille.
Or ce me dit un jour quelque rimart :
« Vien ça, Marot, trouves tu en rime art
Qui serve aux gens, toi qui as rimassé ?
– Oui vraiment, réponds-je, Henry Macé ;
Car, vois-tu bien, la personne rimante
Qui au jardin de son sens la rime ente,
Si elle n’a des biens en rimoyant,
Elle prendra plaisir en rime oyant.
Et m’est avis, que si je ne rimois,
Mon pauvre corps ne serait nourri mois,
Ne demi-jour. Car la moindre rimette,
C’est le plaisir, où faut que mon ris mette. »
Si vous supplie, qu’à ce jeune rimeur
Fassiez avoir par sa rime heur,
Afin qu’on dise, en prose ou en rimant ;
« Ce rimailleur, qui s’allait enrimant,
Tant rimassa, rima et rimonna,
Qu’il a connu quel bien par rime on a. »

***

Illustration : Clément Marot et François Ier, aquarelle trouvée sur le site du Quercy, région natale du poète

Quant à l’erreur et incertitude de l’opération des sens, chacun s’en peut fournir autant d’exemples qu’il lui plaira, tant les fautes et tromperies qu’ils nous font, sont ordinaires. […]
Qu’on loge un philosophe dans une cage de menus filets de fer clairsemés, qui soit suspendue au haut des tours de Notre-Dame de Paris , il verra par raison évidente qu’il est impossible qu’il en tombe, et si (1), ne se saurait garder (s’il n’a accoutumé le métier des recouvreurs (2) ) que la vue de cette hauteur extrême ne l’épouvante et ne le transisse. Car nous avons assez à faire de nous assurer aux galeries (3) qui sont en nos clochers, si elles sont façonnées à jour (4) encore qu’elles soient de pierre. Il y en a qui n’en peuvent pas seulement porter la pensée. Qu’on jette une poutre entre ces deux tours, d’une grosseur telle qu’il nous la faut à nous promener (5) dessus: il n’y a sagesse philosophique de si grande fermeté qui puisse nous donner courage d’y marcher comme nous ferions, si elle était à terre. J’ai souvent essayé cela en nos montagne de deçà (6) (et si suis de ceux qui ne s’effrayent que médiocrement de telles choses) que je ne pouvais souffrir la vue de cette profondeur infinie sans horreur et tremblements de jarrets et de cuisses, encore qu’il s’en fallût bien ma longueur que ne fusse du tout au bord, et n’eusse sur choir(7) si je ne me fusse porté à escient au danger. J’y remarquai aussi, quelque hauteur qu’il y eût, pourvu la diviser, que cela nous allège et donne assurance, comme si c’était chose de quoi à la chute nous pussions recevoir secours; mais que les précipices coupés (8) et unis, nous ne les pouvons pas seulement regarder sans tournoiement de tête: « ut despici sine vertigine simul oculorum animique non possit(9) », qui est une évidente imposture de la vue. Ce beau philosophe (10) se creva les yeux pour décharger l’âme de la débauche qu’elle en recevait, et pouvoir philosopher en liberté.

Bien loin après cette chute ironique et de nombreux autres exemples, ayant postulé que la pensée naît des sens, Montaigne finit donc par déduire de l’incertitude des sens, celle de la pensée et de la philosophie-même.

Vocabulaire : 1. Et pourtant- 2. Couvreur- 3. De nous rassurer grâce aux galeries- 4. A claire voie- 5. Pour nous promener- 6. Les Pyrénées- 7. Je n’aurais pas pu tomber sauf si je m’y étais exposé exprès (« a escient »)- 8. Abrupts- 9. « Si bien qu’on ne peut regarder en bas sans que le vertige saisisse et les yeux et les esprits » (tite live) – 10. Démocrite, philosophe grec.

***

Michel Eyquem de Montaigne, Essais, livre II, chapitre 12 : « apologie de Raymond Sebond », 1592

Vu le soin* ménager* dont travaillé* je suis,
Vu l’importun souci qui sans fin me tourmente,
Et vu tant de regrets desquels je me lamente,
Tu t’ébahis souvent comment chanter je puis.

Je ne chante, Magny*, je pleure mes ennuis,
Ou, pour le dire mieux, en pleurant je les chante;
Si bien qu’en les chantant, souvent je les enchante :
Voilà pourquoi, Magny, je chante jours et nuits.

Ainsi chante l’ouvrier en faisant son ouvrage,
Ainsi le laboureur faisant son labourage,
Ainsi le pèlerin regrettant sa maison,

Ainsi l’aventurier en songeant à sa dame,
Ainsi le marinier en tirant à la rame,
Ainsi le prisonnier maudissant sa prison.

***
Joachim Du Bellay, Les Regrets (1558), sonnet XII

– soin : synonyme de « souci ».
– ménager : concerne l’intendance, l’économie, la gestion de la vie quotidienne, fait référence à la profession de Du Bellay, qui était alors intendant à Rome auprès de son oncle et vivait cela comme un exil.
– synonyme de tourmenter ; cf. étymologie : du latin médiéval tripaliare « torturer », de tripalium « instrument de torture à trois pieux » (d’où l’impertinence de la « valeur travail »…).
– Magny est un autre poète français, qui est aussi à Rome.

Le Beau Tétin

Tétin refait, plus blanc qu’un œuf,
Tétin de satin blanc tout neuf,
Tétin qui fais honte à la Rose
Tétin plus beau que nulle chose
Tétin dur, non pas Tétin, voire,
Mais petite boule d’Ivoire,
Au milieu duquel est assise
Une Fraise, ou une Cerise
Que nul ne voit, ne touche aussi,
Mais je gage qu’il est ainsi:
Tétin donc au petit bout rouge,
Tétin qui jamais ne se bouge,
Soit pour venir, soit pour aller,
Soit pour courir, soit pour baller;
Tétin gauche, tétin mignon,
Toujours loin de son compagnon,
Tétin qui portes témoignage
Du demourant du personnage,
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te tâter, de te tenir:
Mais il faut bien se contenir
D’en approcher, bon gré ma vie,
Car il viendrait une autre envie.
Ô Tétin, ne grand, ne petit,
Tétin mûr, Tétin d’appétit,
Tétin qui nuit et jour criez:
Mariez-moi tôt, mariez!
Tétin qui t’enfles, et repousses
Ton gorgias de deux bons pouces,
À bon droit heureux on dira
Celui qui de lait t’emplira,
Faisant d’un Tétin de pucelle,
Tétin de femme entière et belle.

Le Laid Tétin

Tétin qui n’as rien que la peau,
Tétin flac, tétin de drapeau,
Grand’tétine, longue tétasse,
Tétin, dois-je dire: besace ?
Tétin au grand bout noir
Comme celui d’un entonnoir,
Tétin qui brimballe à tous coups,
Sans être ébranlé ne secous.
Bien se peut vanter qui te tâte
D’avoir mis la main à la pâte.
Tétin grillé, tétin pendant,
Tétin flétri, tétin rendant
Vilaine bourbe en lieu de lait,
Le Diable te fit bien si laid !
Tétin pour tripe réputé,
Tétin, ce cuidé-je, emprunté
Ou dérobé en quelque sorte
De quelque vieille chèvre morte.
Tétin propre pour en Enfer
Nourrir l’enfant de Lucifer ;
Tétin, boyau long d’une gaule,
Tétasse à jeter sur l’épaule
Pour faire – tout bien compassé –
Un chaperon du temps passé,
Quand on te voit, il vient à maints
Une envie dedans les mains
De te prendre avec des gants doubles,
Pour en donner cinq ou six couples
De soufflets sur le nez de celle
Qui te cache sous son aisselle.
Va, grand vilain tétin puant,
Tu fournirais bien en suant
De civettes et de parfum
Pour faire cent mille défunts.
Tétin de laideur dépiteuse,
Tétin dont Nature est honteuse,
Tétin, des vilains le plus brave,
Tétin dont le bout toujours bave,
Tétin fait de poix et de glu,
Bren, ma plume, n’en parlez plus !
Laissez-le là, ventre saint George,
Vous me feriez rendre ma gorge.

Glossaire

baller = danser
bren = merde
ce cuidé-je = selon moi
chaperon = capuchon
compassé = mesuré
se contenir = se tenir, se conduire
dépiteuse = digne d’être méprisée
en lieu de = au lieu de, à la place de
flac = mou, flasque
glu = colle
gorgias = tour de gorge, guimpe
maints = plus d’un, plusieurs
poix = matière visqueuse à base de résine ou de goudron de bois
propre pour = idéal pour
pucelle = femme vierge
refait = bien fait (aucun lien avec la chirurgie plastique !!!)
rendant = dégoûtant, écoeurant
rendre ma gorge = vomir
secous = secoué
soufflets = gifle, claque
ventre saint George : juron !

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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