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J’ai mis mon képi dans la cage
et je suis sorti avec l’oiseau sur la tête
Alors
on ne salue pas
a demandé le commandant
Non
on ne salue pas
a répondu l’oiseau
Ah bon
excusez-moi je croyais qu’on saluait
a dit le commandant
Vous êtes excusé
tout le monde peut se tromper
a dit l’oiseau

 

***

 

Jacques Prévert, « Quartier libre », in Paroles, 1946

J’aime à voir de beautés la branche déchargée,
À fouler le feuillage étendu par l’effort
D’automne, sans espoir leur couleur orangée
Me donne pour plaisir l’image de la mort.

 

 

Ce sonnet parle de Clairac, la ville natale du poète, qui a été dévastée au début du XVIIe, à la reprise des guerres de religion du siècle précédent.

Sacrés murs du Soleil où j’adorais Philis,
Doux séjour où mon âme était jadis charmée,
Qui n’est plus aujourd’hui sous nos toits démolis
Que le sanglant butin d’une orgueilleuse armée;

Ornements de l’autel qui n’êtes que fumée,
Grand temple ruiné, mystères abolis,
Effroyables objets d’une ville allumée,
Palais, hommes, chevaux ensemble ensevelis;

Fossés larges et creux tout comblés de murailles,
Spectacles de frayeur, de cris, de funérailles,
Fleuve par où le sang ne cesse de courir,

Charniers où les corbeaux et loups vont tous repaître,
Clairac, pour une fois que vous m’avez fait naître,
Hélas! combien de fois me faites-vous mourir!

Entre parenthèses, j’ai de gros problèmes de connexion en ce moment, alors je ne poste pas trop car la moindre opération sur internet me prend un temps fou, et encore, si j’ai au moins accès à internet… Bonne lecture !

Le 31 du mois d’Août 1914
Je partis de Deauville un peu avant minuit
Dans la petite auto de Rouveyre

Avec son chauffeur nous étions trois

Nous dîmes adieu à toute une époque
Des géants furieux se dressaient sur l’Europe
Les aigles quittaient leur aire en attendant le soleil
Les poissons voraces montaient des abîmes
Les peuples accouraient pour se connaître à fond
Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures

Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières
Je m’en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient
Je les sentais monter en moi et s’étaler les contrées où elles serpentaient
Avec les forêts les villages heureux de la Belgique
Francorchamps avec l’Eau Rouge et les pouhons
Région par où se font toujours les invasions
Artères ferroviaires où ceux qui s’en allaient mourir saluaient encore une fois la vie colorée
Océans profonds où remuaient les monstres
Dans les vieilles carcasses naufragées
Hauteurs inimaginables où l’homme combat
Plus haut que l’aigle ne plane
L’homme y combat contre l’homme
Et descend tout à coup comme une étoile filante
Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité
Bâtir et aussi agencer un univers nouveau
Un marchand d’une opulence inouïe et d’une taille prodigieuse
Disposait un étalage extraordinaire
Et des bergers gigantesques menaient
De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles
Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route

Et quand après avoir passé l’après-midi
Par Fontainebleau
Nous arrivâmes à Paris
Au moment où l’on affichait la mobilisation
Nous comprîmes mon camarade et moi
Que la petite auto nous avait conduits dans une époque

Nouvelle

Et bien qu’étant déjà tous deux des hommes mûrs
Nous venions cependant de naître

***

Apollinaire – Calligrammes, 1918

Texte de la partie en calligramme :

Je n’oublierai jamais ce voyage nocturne où nul de nous ne dit un mot.

O départ sombre où mouraient nos 3 phares
O nuit tendre d’avant la guerre
O villages où se hâtaient les
Maréchaux – ferrants rappelés
Entre minuit et une heure du matin
Vers Lisieux la très bleue
Ou bien
Versailles d’or
Et 3 fois nous nous arrêtâmes pour changer un pneu qui avait éclaté.

***

Guillaume Apollinaire, Calligrammes, poèmes de la paix et de la guerre, 1918 – Gallimard

Seigneur, est-ce donc vrai qu’en ces mois vous pêchez,
Sous les lunes de mai, les morts de la rizière,
Que leurs yeux sans regards et leurs cheveux noyés
servent la juste guerre?

Dans un calme jardin, nous voici donc assis,
et c’est le temps si beau de la fleur et de l’arbre.
On célèbre un tombeau d’où vous êtes parti.
Pâques fait son théâtre.
Faut-il tout pardonner pour un dieu qu’on nous donne?
Sur les cités d’Asie et sur l’enfant brûlé,
au Mont des Oliviers, en votre temps de l’homme,
n’avez-vous pas pleuré?

Sous l’eau j’ai vu glisser la fille aux jeunes seins
si longue dans sa mort! j’ai vu courir les mères
avec leur bouche ouverte qui ne criait plus rien.
Qu’en pense votre mère?

Le mot de paradis en cette nuit fait honte.
Des arbres à pendus dressent d’autres vergers.
Allons-nous oublier tout le malheur du monde
pour l’odeur d’un pommier?

Tout le genre humain n’est qu’une famille dispersée sur la face de toute la terre. Tous les peuples sont frères, et doivent s’aimer comme tels. Malheur à ces impies qui cherchent une gloire cruelle dans le sang de leurs frères, qui est leur propre sang. La guerre est quelquefois nécessaire, il est vrai ; mais c’est la honte du genre humain, qu’elle soit inévitable en certaines occasions. O rois, ne dites point qu’on doit la désirer pour acquérir de la gloire : la vraie gloire ne se trouve point hors de l’humanité. Quiconque préfère sa propre gloire aux sentiments de l’humanité est un monstre d’orgueil, et non pas un homme : il ne parviendra même qu’à une fausse gloire ; car la vraie ne se trouve que dans la modération et dans la bonté.

***

Fénelon, Les Aventures de Télémaque, 1694, livre IX



Mars

Ô pleurs d'amour, fureur !
D'eux-mêmes — jaillissant !
Ô la Bohème en pleurs !
En Espagne : le sang !
Noir, ô mont qui étend
Son ombre au monde entier !
Au Créateur : grand temps
De rendre mon billet
Refus d'être. De suivre.
Asile des non-gens :
Je refuse d'y vivre
Avec les loups régents
Des rues — hurler : refuse.
Quant aux requins des plaines —
Non ! — Glisser : je refuse —
Le long des dos en chaîne.
Oreilles obstruées,
Et mes yeux voient confus.
À ton monde insensé
Je ne dis que : refus.

***

Octobre 1934

une feuille vide et lisse
Les lieux, les noms, tous les indices,
Même les dates disparaissent.
Mon âme est née, où donc est-ce ?
Toute maison m'est étrangère,
Pour moi tous les temples sont vides,
Tout m'est égal, me désespère,
Sauf le sorbier d'un sol aride…
Ô larmes des obsèques,
Cris d'amour impuissants !
Dans les pleurs sont les Tchèques,
L'Espagne est dans le sang.
Comme elle est noire et grande,
La foule des malheurs !
Il est temps que je rende
Mon billet au Seigneur.
Dans ce Bedlam des monstres
Ma vie est inutile ;
À vivre je renonce
Parmi les loups des villes.
Hurlez, requins des plaines !
Je jette mon fardeau,
Refusant que m'entraîne
Ce grand courant des dos...
Voir... Non, je ne consens,
Écouter... Pas non plus ;
À ce monde dément
J'oppose mon refus !

La boucle des cheveux noirs de ta nuque est mon trésor
Ma pensée te rejoint et la tienne la croise
Tes seins sont les seuls obus que j’aime
Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à pointer la nuit

En voyant la large croupe de mon cheval j’ai pensé à tes hanches

Voici les fantassins qui s’en vont à l’arrière en lisant un journal

Le chien du brancardier revient avec une pipe dans sa gueule

Un chat-huant ailes fauves yeux ternes gueule de petit chat et pattes de chat

Une souris verte file parmi la mousse

Le riz a brûlé dans la marmite de campement
Ça signifie qu’il faut prendre garde à bien des choses

Le mégaphone crie
Allongez le tir

Allongez le tir amour de vos batteries

Balance des batteries lourdes cymbales
Qu’agitent les chérubins fous d’amour
En l’honneur du Dieu des Armées
Un arbre dépouillé sur une butte

Le bruit des tracteurs qui grimpent dans la vallée

Ô vieux monde du XIXe siècle plein de hautes cheminées si belles et si pures
Virilités du siècle où nous sommes
Ô canons
Douilles éclatantes des obus de 75
Carillonnez pieusement


Je suis couché de tout mon long,
                     au fin fond de l'Atlantique, Père Pèlerin,
                                      appuyé sur un coude,
                                                 au fin fond de l'Atlantique.

Je lève les yeux :
je vois un sous-marin,
là-haut, très haut, au-dessus de ma tête,
il glisse à cinquante mètres de profondeur,
tel un poisson, Père Pèlerin,
reclus et muet dans sa cuirasse et dans l'eau,
                                         tel un poisson.

[...] La lumière pénètre jusqu'à quatre cents mètres,
puis ce sont les ténèbres immenses,
                                                  profondes.
De temps en temps seulement,
                   des poissons étranges passent dans l'ombre,
                                                      l'éclaboussent de lumière.
Ensuite, il n'y a plus rien.
Plus rien,
        jusqu'au fond,
                  rien que les eaux,
                                   couches après couches,
                                                        épaisses, absolues,
                                                                      et tout en bas,
                                                                                    moi.
Je suis couché de tout mon long, Père Pèlerin,
couché de tout mon long au fin fond de l'Atlantique,
                               appuyé sur un coude,
                               je regarde vers en haut.
L'Europe et l'Amérique, au-dessus de l'Atlantique,
                                  ça fait deux,
                                           mais pas au fond,
                                                là, c'est tout un.

[...] Les pétroliers font feu,
et crachant leurs hommes et leurs cargaison,
                              ils se mettent à sombrer.
Mazout, pétrole, essence,
la surface de la mer prend feu.
Là-haut coule un fleuve de flammes,
gras et gluant,
                     un fleuve de flammes, mon cher,
rouge, bleu, noir,
un paysage de chaos primitif,
et tout près de la surface, dans l'eau, une belle pagaille :
explosions, désagrégations,
regarde ce pétrolier qui coule,
il a l'air d'un somnambule,
                              d'un lunatique.
Pour lui, plus de chaos,
il pénètre dans le paradis de l'univers marin,
il descend, sans cesse,
il se perd dans les ténèbres aquatiques,
il ne tiendra pas, il sera mis en pièces,
et son mât, mon ami, ou sa cheminée,
                viendra échouer à mes côtés.       

***

Nazim Hikmet, En cette année 1941, extrait

Ce que j’écris :

La phrase qui tue :

Peu m'importe.
Peu m'importe quoi ? Je ne sais 
pas ; peu m'importe.
                    Fernando Pessoa

Classement par auteurs

Haïku !!!

Sans savoir pourquoi
                     j'aime ce monde
   où nous venons mourir___

                 Natsume Sôseki

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