Yi Sang est le Rimbaud coréen, en plus moderne. Les quelques poèmes que j’ai trouvés de lui sont écrits dans un style presque algorithmique, tout en défiant les lois les plus élémentaires de la logique.  L’ambiance est parfois assez dérangeante…

13 enfants courent dans une rue.
(une impasse pourrait convenir)

L’enfant N°1 dit qu’il a peur.
L’enfant N°2 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°3 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°4 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°5 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°6 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°7 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°8 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°9 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°10 aussi dit qu’il a peur.

L’enfant N°11 dit qu’il a peur.
L’enfant N°12 aussi dit qu’il a peur.
L’enfant N°13 aussi dit qu’il a peur.
Les 13 enfants n’étaient que des enfants
effrayants et effrayés.
(il valait mieux ne pas avoir d’autre situation)

Parmi eux, 1 enfant pourrait être effrayant.
Parmi eux, 2 enfants pourraient être effrayants.
Parmi eux, 2 enfants pourraient être effrayés.
Parmi eux, 1 enfant pourrait être effrayé.

(même une ruelle ouverte pourrait convenir)
Les 13 enfants peuvent ne pas courir dans la rue.

***

Yi Sang, 1910-1937, Perspective à vol de corneille, traduit par Chang-Kyum Kim avec la participation de Claude Mouchard (source)

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